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Joëlle Llapasset   | Copyright

La fée et le meunier

 
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  Autrefois, entre l’île que forme la rivière et les étangs, s’élevait un moulin. Mais de nos jours, les passants n’aperçoivent que des ruines, un tas de pierres moussues où s’abritent quelques grenouilles et des hérissons...
Ce moulin appartenait à un m
eunier et son fils qui ne chômaient guère. Un jour, le père mourut à la tâche laissant le jeune homme seul pour accomplir tout le travail. 
Aurélien  aimait entendre la roue du moulin tourner, il aimait sentir l’odeur du blé et de la farine fraîchement écrasée… Il était grand et fort, la peau aussi douce qu’un p
étale de fleur et le regard énergique. Son unique amour, c’était cette grande bâtisse, et la besogne qui l’attendait !

La fée Arielle s’amouracha de lui en secret. Hélas, les fées ne peuvent aimer un mortel, cela ne se peut. 
Mais, la magicienne voulut transgresser cette loi malgré tout ...
Un soir d’été, vêtue de frais vêtements, elle alla frapper à sa porte :
_ "Aurélien acceptes tu de venir danser avec moi? Je n’ai pas de cavalier !"  
Et faisant mine de pleurer, sous ses grands cils d’or, elle tenta de capturer son cœur.

_ "Je n’ai pas le temps, la journée n’est pas terminée, il faut que je nettoie mon moulin…  lui a-t-il répondu, sans même la regarder". Puis, il ferma sa porte sans plus d’amabilités. C’est à peine s’il l’avait entendu tant il était préoccupé par son travail ! 
Arielle vexée se promit de revenir et cette fois, il ne manquerait de l’écouter…
Quelques jours plus tard, elle fut de nouveau sur le seuil de sa maison. Cette fois, elle avait pris l’apparence d’une vieille femme toute cassée, ratatinée par le poids des années.
"Petit, laisse-moi entrer !  J’ai ramassé tant de noix dans les bois et je suis si fatiguée : laisse-moi me reposer un peu dans ton moulin, à l’abri du vent ! "
Aurélien ouvrit et se montra plus aimable que la fois précédente. Attentif au bruit de la roue à aube qui tournait, il lui tendit une chaise et continua à besogner, 
"Petit, ne veux-tu pas quelques unes de mes noix: elles te donneront de la force pour continuer ton ouvrage ? ". Le jeune homme les déposa sur une table et les oublia aussitôt. Bien lui en prit car la fée les avait trempées dans un philtre d’amour…
Alors, sans se décourager,
Arielle retourna chez le meunier.
Cette fois, elle prit l’apparence d’un jeune biche blessée. Aurélien la découvrit presque inanimée. Il l'emporta dans sa maison afin de le soigner et enduit la patte accidentée d’un baume qu’il faisait lui-même.
Ainsj la
fée resta ainsi pendant sept jours…  Puis, ne pouvant résister plus longtemps, elle lui avoua tout :
"Merci Meunier pour tes soins mais ce n’est pas de tes médicaments dont j’ai besoin, c’est de ton attachement"…
La
fée, tu t’es moquée de moi. Pourquoi être venue sous cette apparence ? Tu m’as fais perdre mon temps bien inutilement !
"J’ai essayé par trois fois de t’approcher afin que tu comprennes combien c’est important d’aimer ! Tu as ressenti de la tendresse pour la biche mais c’est seulement parce qu’elle était blessée ! Ne peux-tu pas me regarder, à présent, comme une femme …" 
Il n’y a pas de place dans mon cœur pour toi ! Le moulin a besoin de moi le jour, la nuit. Il m’appelle sans cesse. 
La
fée comprit que rien n’y ferait. Elle partit, bien déçue, tout en promettant de se venger…
Le lendemain, quand le meunier se réveilla, le soleil commençait à poindre. Aurélien fut surprit par un silence inhabituel. Il n’entendait pas le chant joyeux de l’eau qui entraînait interminablement la roue. Ce qu’il vit le terrifia :
la rivière semblait figée comme si elle était prisonnière de la glace. La roue s’était arrêtée refusant de travailler ! 
Le meunier fut désespéré.
Le moulin avait perdu son âme. Le meunier avait perdu son cœur.
Puis, un beau matin, réveillé par le chant des oiseaux, il s’aperçut que son chagrin était moins intense et, sans comprendre ce qui lui arrivait, il fut pris d’une irrésistible envie de voyager… Lui, qui n’était jamais allé plus loin que son village ! Il jeta sur son épaule une besace garnie d’un peu de pain, d’eau et de fromage.
Il ferma la porte du moulin. Et, à grandes enjambées, il prit le chemin de nulle part tel un vagabond.

Il s’éloigna rapidement de la vallée, répondant seulement à ce besoin impérieux de mettre une grande distance entre lui et ce qu’il avait tant chéri auparavant. Il coucha à la belle étoile, évitant tout d’abord villages et gens, comme s’il avait commis quelque mauvaise action… Curieusement, plus il marchait plus il se sentait réconforté. Il ralentit dès lors l’allure et commença à regarder autour de lui.
Ce qu’il vit, lui plut… Il n’avait jamais prêté attention à la nature auparavant…

Il admira un héron cendré qui pêchait sa nourriture au bord d’un étang de satin lumineux. Il écouta les mille chants d’oiseaux aux sonorités toutes différentes les unes des autres. Il respira les parfums qui montaient de la terre fraîchement cultivée, celles des bois et des forêts. Il se sentait libre, heureux comme jamais il ne l’avait été ! 

Puis, il parla aux villageois et surtout il les écouta. Il rendit quelques services aux uns et aux autres. Aurélien aima chacun des visages rencontrés, les grava dans sa mémoire à tout jamais. 
S’installa-t-il enfin quelque part? Prit-il femme? Nul ne le sait car on perdit bien vite sa trace…
Quant à la fée ? Ne le voyant pas revenir, elle lui pardonna. La rivière de nouveau coula mais la roue du moulin tourna en pure perte. Jamais elle ne revit Aurélien. Depuis lors, un étrange saule aux longs cheveux argentés a poussé à cet endroit. Les hommes de ce lieu racontent que c’est la
fée qui s’est figée ainsi par désespoir, ne pouvant oublier son amour perdu.

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= Texte de Jocelyne Marque institutrice - Copyright

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