|
Une
complicité dans le travail: le bouvier et le boeuf.
-Nous avons vu que le bouvier ne
travaille pas seul et que l'instrument du labour, l'aret,
est tiré par le boeuf qu'il guide. Nous avons là un
compagnonnage et une complicité dans le travail du
couple formé par le bouvier et le boeuf.
Dans " Lou lheba dou labouredou ", nous
avons vu le bouvier, après avoir pris julh e agulhade,
aller droit au coustè, appenti appuyé sur un côté
de la ferme qui sert d'étable aux boeufs. Dans la
ferme traditionnelle, le coustè ouvrait sur la pièce
principale et le paysan pourrait ainsi nourrir les
boeufs en leur présentant de la paille et, de plus,
en hiver, bénéficier de la chaleur produite par les
bêtes.
Daugé fait un portrait du boeuf qui attend son maître
comme s'il participait, à travers son attente, au
travail de la journée qui commence et il fait
ressortir le tempérament paisible de l'animal :
Lou boèu matiè que l'atendèbe
Tout loun estenut sou palhat
E d'un èr juste assoumelhat
Chens se pressa qu'arrouméguèbe.
La complicité avec les boeufs dans le travail
s'exprime en premier lieu par les noms auxquels ils répondent
immédiatement : Bouét, Marti ou Bouét, Mascaret.
A l'interpellation du maître, les boeufs répondent
avec docilité et vivacité :
Ca, Bouét ! Marti ! bire-t decap !
En enténe la bouts dou meste,
Lous boèus s'apressen d'un pè leste
Debat lou julh plega lou cap.
Dans " Lou lheba dou labouredou ", nous
avons un très beau tableau du départ des boeufs dans
l'air vif du matin :
Puch aus galops gahen l'abiade
En hula dab lou cor lusen.
La frescure ous boute la lén
Coum dus blans plumets de humade.
L'affection que leur porte le bouvier se voit en
particulier aux paroles qu'il leur adresse en retirant
le joug à midi :
En bèt tira lou ju, dab lous boèus que batale,
Qu'ous porte un abrassat de soums ou milhouquets.
(" Peysan ").
De retour du champ, les bœufs sont l'objet des soins
de leur maître qui
"balhe aus boéus brassats de la hegnère,
Ba ha bebe lous boéus " ( " Peysan
", p. 56 ).
Si le premier cri du bouvier a été pour le bœuf,
comme nous l'avons vu ( Ha bouét ) , son dernier cri
s'adresse à lui :
Un boè tourne de la journade :
" Ha boèt ! " é qu'é lou darrè crit.
(" Un sé d'estiu ", F.L., p. 71)
Ce compagnonnage du bouvier et du bœuf dans
le travail est comme une alliance ayant pour but
l'accomplissement d'une même mission : préparer le
pan de la hournade, c'est à dire la nourriture des
hommes. Mais le boeuf aussi en retire un
profit, la paille qui entre dans sa nourriture. Cette
alliance, Daugé l'exprime dans une invocation au
bouvier dans la dernière strophe de " Cante dou
blat " ( H.. e F., p. 32 ) :
O boè, laboure plan !
Esperrecade
La terre balhe pan
De la hournade.
Lou boéu, jugnut au cor
Dab tu trabalhe :
A tu, boé, lou groun d'or,
Au boéu a palhe !
Dans " Lou boéu de Nadau " ( Soucouc , p.
42-44 ), Daugé adresse un hommage au bœuf qualifié
de :
boun serbitou, boun oubrè, oubrè fidèu
qui participe à la naissance du blé qui donnera le
pain :
Qu'ès tu qui hès lou souc oun bayra lou roumen,
Pramoun de tu tabé, la daune que hournéje,
Bèy-né, bé, brabe amic é hè base lou pan
Qui sur terre e-ms e balhe u santat esberide.
Mais, au-delà, le bœuf participe au sacrement de
l'Eucharistie puisque l'hostie qui est le Corps de
Dieu est faite de froment:
Atau, gracis à tu lou roumen que sera
Pan de case enta touts (...)
E, Carn d'un Diu basut lou roumen neurira
L'amne qui bo boulé dou cèu counéche l'aube.
De plus, c'est grâce au fumier, venu aussi du bœuf ,
que la terre est rendue fertile, du moins avant
l'arrivée de la chimie, comme le note Daugé dans
" So que pense lou blat " , H. e F., p.94) :
(...) lou hems pouyrit, biénut
Dou boèu qui pacien esmarrogue.
Cette grandeur du bœuf est symbolisée par sa présence
dans la grotte de Bethléem à côté du Fils de Dieu
lui-même :
E coan, à Bethléem, ère basut lou Rey
Tout pouderous dou cèu qui,coum tu, sounque palhe
Abèbe enta capsè, ne-m estoune pas mey
De-t y bése au ras d'Et chens teyt, ne hoèc, ne
halhe. (" Lou boèu de Nadau ", Soucouc,
p.43). |