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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
J'aime le "parla gascoun"  
Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

La réussite du paysan de Gascogne

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Une complicité dans le travail: le bouvier et le boeuf. 
 
-Nous avons vu que le bouvier ne travaille pas seul et que l'instrument du labour, l'aret, est tiré par le boeuf qu'il guide. Nous avons là un compagnonnage et une complicité dans le travail du couple formé par le bouvier et le boeuf. 
Dans " Lou lheba dou labouredou ", nous avons vu le bouvier, après avoir pris julh e agulhade, aller droit au coustè, appenti appuyé sur un côté de la ferme qui sert d'étable aux boeufs. Dans la ferme traditionnelle, le coustè ouvrait sur la pièce principale et le paysan pourrait ainsi nourrir les boeufs en leur présentant de la paille et, de plus, en hiver, bénéficier de la chaleur produite par les bêtes. 
Daugé fait un portrait du boeuf qui attend son maître comme s'il participait, à travers son attente, au travail de la journée qui commence et il fait ressortir le tempérament paisible de l'animal :
Lou boèu matiè que l'atendèbe
Tout loun estenut sou palhat
E d'un èr juste assoumelhat
Chens se pressa qu'arrouméguèbe.


La complicité avec les boeufs dans le travail s'exprime en premier lieu par les noms auxquels ils répondent immédiatement : Bouét, Marti ou Bouét, Mascaret. 
A l'interpellation du maître, les boeufs répondent avec docilité et vivacité :
Ca, Bouét ! Marti ! bire-t decap !
En enténe la bouts dou meste,
Lous boèus s'apressen d'un pè leste
Debat lou julh plega lou cap.

Dans " Lou lheba dou labouredou ", nous avons un très beau tableau du départ des boeufs dans l'air vif du matin :
Puch aus galops gahen l'abiade
En hula dab lou cor lusen. 
La frescure ous boute la lén 
Coum dus blans plumets de humade.


L'affection que leur porte le bouvier se voit en particulier aux paroles qu'il leur adresse en retirant le joug à midi :
En bèt tira lou ju, dab lous boèus que batale,
Qu'ous porte un abrassat de soums ou milhouquets
. (" Peysan ").


De retour du champ, les bœufs sont l'objet des soins de leur maître qui 
"balhe aus boéus brassats de la hegnère, 
Ba ha bebe lous boéus "
( " Peysan ", p. 56 ). 

Si le premier cri du bouvier a été pour le bœuf, comme nous l'avons vu ( Ha bouét ) , son dernier cri s'adresse à lui : 
Un boè tourne de la journade : 
" Ha boèt ! " é qu'é lou darrè crit.

(" Un sé d'estiu ", F.L., p. 71)

Ce compagnonnage du bouvier et du bœuf dans le travail est comme une alliance ayant pour but l'accomplissement d'une même mission : préparer le pan de la hournade, c'est à dire la nourriture des hommes. Mais le boeuf aussi en retire un profit, la paille qui entre dans sa nourriture. Cette alliance, Daugé l'exprime dans une invocation au bouvier dans la dernière strophe de " Cante dou blat " ( H.. e F., p. 32 ) :
O boè, laboure plan !
Esperrecade
La terre balhe pan
De la hournade.
Lou boéu, jugnut au cor
Dab tu trabalhe :
A tu, boé, lou groun d'or,
Au boéu a palhe !


Dans " Lou boéu de Nadau " ( Soucouc , p. 42-44 ), Daugé adresse un hommage au bœuf qualifié de : 
boun serbitou, boun oubrè, oubrè fidèu  qui participe à la naissance du blé qui donnera le pain :
Qu'ès tu qui hès lou souc oun bayra lou roumen, 
Pramoun de tu tabé, la daune que hournéje, 
Bèy-né, bé, brabe amic é hè base lou pan 
Qui sur terre e-ms e balhe u santat esberide.


Mais, au-delà, le bœuf participe au sacrement de l'Eucharistie puisque l'hostie qui est le Corps de Dieu est faite de froment: 
Atau, gracis à tu lou roumen que sera 
Pan de case enta touts (...)
E, Carn d'un Diu basut lou roumen neurira
L'amne qui bo boulé dou cèu counéche l'aube.

De plus, c'est grâce au fumier, venu aussi du bœuf , que la terre est rendue fertile, du moins avant l'arrivée de la chimie, comme le note Daugé dans " So que pense lou blat " , H. e F., p.94) :
(...) lou hems pouyrit, biénut
Dou boèu qui pacien esmarrogue.


Cette grandeur du bœuf est symbolisée par sa présence dans la grotte de Bethléem à côté du Fils de Dieu lui-même :
E coan, à Bethléem, ère basut lou Rey
Tout pouderous dou cèu qui,coum tu, sounque palhe
Abèbe enta capsè, ne-m estoune pas mey
De-t y bése au ras d'Et chens teyt, ne hoèc, ne halhe
. (" Lou boèu de Nadau ", Soucouc, p.43).

La réussite du paysan de Gascogne  
 
-La réussite du paysan est donc le fait de son travail et du zèle qu'il y apporte. Daugé revient sur cette idée dans une des Fables Gascounes où il met en parallèle deux jeunes paysans voisins l'un de l'autre, mais l'un est montré comme l'antithèse de l'autre :

L'un, balén e soegnous e lhebat aban l'aube
Que boujabe per tems lou cam ou l'échartic.(...)
L'aut, enta trabalha, que s'escoutabe,
E qu'abèbe un péu à la man. ( " Lous dus peysans ", F. G., p. 17).

Le résultat est aussi pour l'un à l'opposé de l'autre. Au négligent qui accuse le travailleur d'avoir heyt marcat dab cauque boune hade, celui-ci répond :- Qu'èy heyt marcat dab la hade Trabalh.
Mais le travail ne suffit pas s'il n'est accompagné de savoir-faire.Dans " Miey pam " , ( F. L., p. 57) nous voyons un peysantot de Miramoun ensemencer d'avoine ( sibase ) un

touja , chen hems ou chen bareyt pregoun. A l'opposé Lou Jean Sucre a ensemencé un campot plan bareytat. Le résultat est attendu : 
Au touja, ne palhe ne groun ; 
Au cam, doudse saques dou boun. 


Pour que le travail soit efficace, une action intelligente est nécessaire, comme le montre la fable " Lou boè embartat " (F. G., p.9-10). Un bros trop chargé s'embourbe dans une ornière. Cris et coups d'aiguillon ne peuvent l'en faire sortir. Un voisin qui passait donne le bon conseil : 

B'as las dus mans ? E doun, tire aquet tros
De legne à l'aute entermesclade
Tire-m encoère aquet calhau
Oun l'arrode ne pot ha la gnarrade.
L'avis se révèle judicieux et Daugé tire la leçon : 
Soegn dab adresse
Hèn mey que pous e hourtalesse.


Nous avons vu que le paysan travaille d'abord pour sa famille :
Tout jour ente la tou familhe 
Que tchens l'aret ou la haucilhe
. (" Lou lheba dou labouredou " F. L., p.28), et en particulier pour ses enfants à qui il pense à l'heure de la sieste. Mais Daugé souligne aussi que c'est le travail du paysan qui fait vivre tous les hommes; le blé donnera : 
pan de case enta touts, lou riche coume lou praube. (" Lou boéu de Nadau ", Soucouc p.43)

Dans Peysan (H. e F., p.50), il s'adresse sur un ton polémique aux gens de la ville qui trouvent de bon ton de dénigrer le paysan, pour la raison futile que son travail est salissant et qu'il ne travaille pas avec un bel habit : 
Eperrecat que-n éy e negre qu'a la man ;
Mes man negre pertout que hè minja pan blanc.


Et ce long poème s'achève en exprimant la dette qu'ont tous les hommes à l'égard du paysan : 

Qui dab lou soun roumen e-b hè bibe tout l'an ?
Se lou boste estouma de poulets e s'entougne
Qu'at debéts, dab lou pan, au peysan de Gascougne.


Ainsi la journée du paysan est-elle tout entière tournée vers le travail, au service des siens et, au-delà, de tous les hommes, un travail conduit avec intelligence, qui fait donner à la terre ses fruits pour le bien des corps, mais aussi, symboliquement, de l'âme. Ce travail de la terre est vécu comme une destinée, car le paysan n'est pas seul à mener son affaire, il doit agir en conformité avec les exigences de la nature qui lui impose ses règles, et surtout il est soumis au cycle des saisons qui décide des cultures.
 

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