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Le
blé, une plante privilégiée
-Ainsi la vie des cultures repose sur un équilibre
des éléments de la nature qui, parfois, se trouve
compromis. Une plante parmi celles que cultive le
paysan joue un rôle privilégié, en raison de son
utilité et aussi de sa valeur de symbole : c'est le
blé. Daugé lui a consacré plusieurs poèmes et,
dans d'autres, il l'a souvent nommé.
Une image classique qui revient pour évoquer le blé
est celle de l'or. Dans " Lou blat " , Daugé
décrit ainsi le grain quand la plante elle-même est
devenue sèche :
Lou groun sort dou cabelh lusen coum perles d'or.
Dans " Peysan ", le blé sur le champ est
comparé à une coiffe d'or :
Cohe de palhe d'or dab groun d'or au cabelh
Qui hara lou pan d'or ent'ou joen, ent'ou bielh.
Dans " So que pense lou blat " (H. e
F., p.93),
Le blé est mis sur le même plan que le soleil :
Lou blat que l'am coum lou sourelh :
Enta touts lou sourelh qu'arraje.
Lou blat, degrouat dou cabelh
Neurech e lou pec e lou sage.
Le blé est à la fois porteur de vie et symbole de
vie. Daugé évoque le blé, sous la gelée, attendant
de donner la vie par le moyen de la fournée :
Lou blat, negre de ret, mes biu, qu'atén au jas
De-ns e balha la bite en balha la hournade.
(" Lou blat " H. e F., p.96).
D'autre part le blé ne meurt jamais puisque de l'épi
le gré germera et fera à nouveau lever le sillon :
Que-n sort tout adroumit e tout carcat de bite
Près à tira sitoun, à ha lheba lou souc.
De même, s'il vit encore sous la neige, c'est qu'il
porte en lui la chaleur de l'été :
A l'aroeyt dou printems dechidayre que belhe:
Que biu de la calou qui l'abè dat l'estiu.
Si le blé donne le pain, nourriture du corps, Daugé
va plus loin en faisant de lui la nourriture de
l'homme entier, de sa volonté et de son esprit créateur
:
Se, de tout tems, l'omi goalhart
Hè pats ou guerre,
Se hè chiscla las obres d'art
De debat terre
Qu'é pramou dou blat (...) ( " Debat la nèu
" , A. P., p. 25 ) .
Au-delà du pain, le poète qui est aussi prêtre,
demande au blé de lui donner, à travers la consécration
de l'hostie, le coeur et le corps du Christ :
A jou que-m deras mey qu'aco,
Roumen de nouste.
De Jesus que-m deras lou co:
Urous qui-u gouste ! (...)
Qu'èy lou soun Cos, debat lou blat
Qui hè la messe. ( op cit ).
Daugé est plein d'un tel amour pour le blé, si riche
de signification, qu'il lui chante, en refrain, une
berceuse :
Tabé
drom, drom, ô blat en pè
Debat nèu bère,
Coum drom nouste petit nenè
A la cugnère.
Coan, s'ou toun pè, lou cabelh gras
Au sou maduri,
Dab lou men Diu que-m balheras
Glori que duri.
( op cit ).
Le blé apparaît ainsi, à travers sa faculté de
vivre, mourir et renaître, comme une image du cycle
des saisons. De même, l'homme, à travers les étapes
de sa vie, fait écho aux saisons, avec cette différence
que sa vie à lui ne se renouvelle pas:
Se,
tout an, printems apelhe
Terre nuse, lou chrestian
Sounque un cop que tire hoelhe
E la bite qu'ou hè l'an. (
" Printems nabet " , H. e F., p. 132).
Daugé montre la vie du paysan en interrelation
constante avec la vie de la nature. Il est nécessaire
que celle-ci obéisse à un ordre harmonieux pour que
le paysan puisse, à son tour, grâce à son travail,
assurer à lui-même et aux siens, l'existence. Il est
vrai que cette existence est placée sous le signe de
la bienveillance de Dieu.
Nous
avons vu comment le paysan de Gascogne, grâce à son
caractère et à son comportement, prend sa place dans
un mode de vie fondé sur le travail. C'est un travail
de tous les jours , auquel participent les boeufs, fidèles
compagnons et outil indispensable.
Ce
travail exige du paysan un savoir-faire précis : le
paysan est sabén. Ce travail est le pourvoyeur de la
subsistance du paysan et de sa famille. Il s'exerce
dans un milieu riche et complexe qui réclame de lui
une bonne connaissance de ses diverses caractéristiques
. Mais cette activité s'exerce aussi dans un contexte
plus large où s'exprime un cadre familial, social,
historique, et où la religion joue un rôle
important.
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