|
LA
FAMILLE ET LA VIE SOCIALE
-Le paysan n'existe pas seul sur
les lieux et parmi les outils de son travail. Il se
trouve pris à l'intérieur d'un ensemble social où
il se reconnaît et qui peut aussi exercer une
pression sur lui. Dans sa famille plusieurs générations
vivent ensemble et s'entendent. Il est l'héritier
d'une tradition qu'il respecte, qui fonde son travail
et qu'il transmet à ses enfants et aux générations
à venir.
Toutefois,
à l'époque où écrit Daugé, et surtout après la
guerre de 1914 -1918, la société change, des
techniques nouvelles apparaissent et le paysan ne peut
qu'en subir l'influence, qu'il y résiste ou qu'il les
adopte. Il est pourtant une réalité venue d'une
longue tradition , et qui tient lieu en quelque sorte
de repère dans la vie du paysan et des siens , c'est
la religion, dans laquelle il exprime une foi vive.
Tel qu'il apparaît décrit par Daugé le paysan est
un élément essentiel, à tous égards, de la société
gasconne de toujours. Le dernier recueil de poèmes
publié par le poète, Soucouc, qui paraît en 1939,
rend à nouveau un vibrant hommage au paysan de
Gascogne qui semble ne pas avoir changé depuis les poèmes
publiés dans Flous de Lane en 1901.
LA
FAMILLE
-Nous
avons vu que le paysan travaille pour les siens . Il
voue à ses enfants un amour à la mesure du sens
qu'ils contribuent à donner à son existence . Dans
cette famille, la femme, la daune, joue un rôle
privilégiée, compagne et collaboratrice dans les
travaux à la fois. Dans la famille paysanne, toutes
les générations vivent réunies et un lien
d'affection les unit. De plus, chacun trouve
l'occasion de participer aux travaux de la ferme.
Enfin, l'éducation des enfants les prépare à leur
future vie de travail et de famille, quand elle ne les
destine pas précisément à continuer, sur la propriété,
le travail du père.
Se tenant à côté du paysan, la daune joue un rôle
essentiel, participant, selon ce qui lui revient, aux
activités de la ferme et, grâce à de nombreux
enfants, assurant la continuité des générations.
Dans " Peysan " (H. e F., p 54-55),une très
belle scène montre la joene daune venue au champ
apporter au bouvier le repas de midi. Le rythme même
du vers nous fait sentir sa jeunesse et sa vivacité :
Enta
benlèu, pressade prou, tistet s'ou cap,
Bestide d'un pelhot à raye blanque e jaune,
Pey-nuse e casabec eslouch, la joene daune
(...).
Elle s'adresse au bouvier l'arrit s'ous pots et
l'appelle amic. Elle manifeste d'emblée sa sympathie
à son mari en s'intéressant à son travail :Te-n as
bis oey matin au cam : lou sou que cots. Plus loin,
elle questionne : Ere horte la terre ? La mousque ere
machante? Elle informe le bouvier sur ce qu'ont fait
les enfants :
Que
m'a calut bouta lou nèn à la cugnère
E que l'èy heyt jumpla per Jeanine e Remi.
Elle parle longuement tout en présentant chaque pièce
du repas au bouvier. Celui-ci ne lui répond que brièvement
- on devine qu'il est occupé à manger - jusqu'à ce
qu'il l'interroge sur le travail qu'elle a fait : As
soegnat lou pourin(...) ? Puis il lui donne le travail
à faire sur le mode du commandement :
-
Tantos, mande-u p'ou pechedé
Dab cabale e chibau(...).
Comme il exprime l'intention d'en donner un bon coup
l'après-midi (que bouy balha la segoutide ), elle lui
donne des recommandations :
N'anguis
pas prene mau dab un cop d'er. Abise
De-t ha seca s'ou plech e cambie-t la camise.
Sabes, que hès besouy.
On devine à ces paroles pleines de sollicitude mais réservées
aussi tout l'amour de la jeune daune pour l'omi. La réponse
du bouvier, qui laisse voir une certaine impatience,
manifeste son esprit d'indépendance, il est le maître
:
-Hemnote,
deche-m ha
.Que sèy coan cau droumi, que sèy coan cau bouha.
Et il la renvoie un peu brusquement :
Tè,
tourne te-n pramou dou nèn
E lous droles espie à case so que hèn.
|