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LES
TRADITIONS
-Le paysan est le représentant
d'une civilisation traditionnelle fondée sur la
permanence d'un mode de vie, des activités et des
objets transmis de génération en génération.
Une
même manière de voir les choses réunit les membres
de cette société; on peut même parler d'une
sagesse. Ce n'est pas une société communautaire
puisque le noyau en est la famille, et chaque famille
vit de façon autonome.
Mais
les différences n'existent pas, chaque famille
observe les mêmes coutumes, a la même façon de
vivre que les autres. Mais cela n'est pas à voir
d'une manière négative car les activités sont
nombreuses, les êtres comme les objets diversifiés,
et il y a toujours de quoi s'occuper, l'ennui n'existe
pas . Enfin, c'est une société où l'on se parle,
personne n'est laissé à l'écart d'une sorte de
grande conversation générale.
Dans " A l'abat pè Cazenave " (H. e F., p.
135), Daugé oppose à l'ouvrier de la ville, coum l'auset
sus la branque, l'oubrè de terre toujours fidèle au
même lieu et aux mêmes traditions :
Aci,
l'oubrè de terre au larè que s'estanque
De pay en hilh toustem passan l'aret en man.
Dans " Jé " (H. e F., p. 20), Daugé, qui
se présente de l'ancien temps, évoque la manière d'être,
ancienne, qu'il voit petit à petit se défaire. Dans
d'autres poèmes, en revanche, on a l'impression d'une
manière d'être immuable. Il évoque un monde où, si
l'argent est rare (Lous sos qu'èren clas à la bousse),
la nourriture est là en abondance et l'entraide
existe.
Les jeunes respectent les anciens :
Touts
au larè, maynat, maynade
Qu'abèn respect de pays e mays.
C'est la parole qui compte, elle a valeur de loi :
Calè presta cauque mounede ?
Ne hasèn pas de ta grans jocs :
Touca de mans darrè la clède,
Darrè-u barat ou p'ous bruchocs.
La conséquence en était la joie de vivre
:
L'oubrè dou cam (…)
Qu'abè la cante au cap dous pots.
A ce mode de vie harmonieux correspond une manière de
travailler où la main du paysan se sert de : La haus,
l'eslajet, la pale, comme le décrit " Cante dou
blat " (H. e F., p.32) :
Rous
e pleng lou cabelh
Julhet qu'ou sègue. (...)
Que ban cante s'ous pots,
Esquie crouchide. (...)
Au truc de l'eslajet
Que s'ou cau bate. (...)
Cau sus l'eyre benta
A cops de pale.
Daugé écrit ceci en 1917. Quelques années plus
tard, il critiquera une certaine mécanisation. Dans
" So que pense lou blat "(H. e F., p. 93),
Daugé imagine le blé, l'hiver, bestit de negre e
blanc, qui essaye de deviner son destin et se demande
s'il aura affaire à la machine ou à la main de
l'homme :
Qui
sab se sera dab la haus
Qui la man doussete, amistouse,
M'ajassera dessus la caus (...) ?
E-m bateran à l'eslajet
En ha lou gran palhat à l'eyre (...)
?
Le blé parle avec dilection de l'emploi traditionnel
du fumier pour le faire croître :
Que-m
hasèn base dab lou hems
A tant de bros à cade late (...)
Aco s'apérabe grech
Boun e chucous, tegnè coum burre.
Ainsi, Daugé fait l'éloge d'une manière
traditionnelle de travailler la terre, qui demeure
encore vivante à l'époque où il écrit, mais
commence d'être menacée par l'intrusion de procédés
nouveaux.
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