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-L'argent
est le nouveau " Dieu "
qui a remplacé l'ancien dans une société qui
commence aussi à se déchristianiser :
Enta
Diu, qu'an l'arjen e l'arjen qu'ous betère.
S'ous disets de préga : " Prega Diu ? Per qui-m
prens ?
(" Mey d'esprit que de sos ").
Les femmes non plus ne sont pas épargnées par
l'esprit caustique de Daugé. De même que les hommes,
elles se détournent de leurs tâches traditionnelles
au profit d'un emploi salarié. A cette coquetterie,
il oppose la simplicité de vie et le courage au
travail de la mamete :
Oun
é lou tems oun la mamete
Hasè dab un croustic cramat ?(...)
Cade matin calè ha cose
Ent'ou gran porc, ent'ou neuris:
Se n'aulourèbe pas l'arrose,
N'abè pas pou de perbouri-s
Praube mamete! Enta toalete
Qu'abè dus degouts d'aygue-espic.
Daugé dénonce aussi le changement des moeurs, lié
à un relâchement de la morale traditionnelle, les
couples qui se séparent, les enfants moins nombreux
au foyer, signe d'une affection moins vive,
l'individualisme qui caractérise les comportements :
Cadun
coum lou plats que bo bibe:
Oey maridat, douman pas mey(...)
Cadun coum bo que-s hè la ley.(...)
Au larè juste mey nat drole:
Lou rousè n'a pas mey boutouns(...)
E pays e mays soun chens poutouns.
(" Oey ").
La conséquence de ce désintérêt pour la terre est
l'abandon de toute attache à une terre natale, avec
un oubli des racines et le risque d'une perte de tout
repère. Autre signe du changement des mentalités, le
fait que les vieux ne sont plus respectés, comme le
montre l'histoire racontée dans " Lou Praube
" ( H. e F., p.13) :
Qu'abè
larè dab hilhs e hilhes:
En bira terre e tira hems (...)
Que s'eslhebèbe nau familhes (...)
Coan m'arribi la crouchide,
Lous joens que-m gagneran lou pan!
Mais les choses se passent autrement. Et depuis lors,
le vieux père est obligé de mendier sa subsistance
de maison en maison :
Soul
d'arenla, mey mourt que biu,
Lou bielh hè courre la biasse.
Ainsi Daugé se fait-il l'écho de l'avancée de la
vie moderne qui détruit, sans le remplacer, l'équilibre
de la vie ancienne, et en note les divers aspects dévastateurs
d'un mode de vie et d'une civilisation. Pourtant, Daugé
ne cède pas au pessimisme et il entreprend de lutter
contre l'ordre nouveau en train de s'imposer en
critiquant les aspects négatifs de la modernité. Il
va dénoncer l'action destructrice de la ville sur
l'homme, tant sur le plan moral que physique. Il
critique le matérialisme de la pensée moderne et en
dévoile l'absurdité. Il plaide enfin en faveur d'un
retour au mode de vie ancien fondé qu'il était sur
le travail de la terre et l'enracinement dans les
valeurs qui lui sont liées.
Daugé met d'abord en accusation l'emprise exercée
par Paris, à travers un snobisme de comportement,
emprise liée au développement technique :
En
dus jours que se-n ban enta las Ameriques
E qu'entenen à Dax so qui-s dit à Paris ("
A Isidore Salles ", H. e F., p. 147).
Il s'ensuit une fascination qui s'exerce depuis Paris
et depuis la grande ville en général sur les gens :
Lou gran Paris que hè la mode (" Oey ").
Decap Bourdèu, Paris, touts que gahen l'abiade
(" Mey d'esprit que de sos "). Et Daugé de
dénoncer le discours pernicieux venu de la ville et
qui tourne en dérision l'état de paysan, accusé d'être
arriéré, inutile, dépassé au regard des inventions
de la vie moderne...
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