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Le
mirage de la ville
-Daugé, à son tour, dénonce
le mirage de la ville où les apparences trompent, et
il montre ce qu'il en est vraiment :
La
bile qu'ous enlue,
Que cresen de-y gaha la lue
(" Debat un poun ! ", Soucouc p. 96).
La grande ville voit s'imposer le règne de l'argent,
comme le confie au poète le chevrier rencontré en
montagne et qui conduit chaque hiver son troupeau
jusqu'à Bordeaux :
Moussu,
m'at pensi, l'or gourrilhe
Coum l'aygue assi decap l'Adou.
Enta Bourdèu qu'ou cau mousilhe
Au qui bo marida sa hilhe
(...) (" Lou crabè ", F. L ., p.83).
Daugé explique que la circulation de l'argent devenu
papier-monnaie entraîne un appauvrissement général
par le mécanisme de l'inflation :
Tabé
tout qu'encarech e la liure demingue.
Mey hèn courre papè, mey praube qu'an la jen
(" Mey d'esprit que de sos ".
Aussi à la ville la misère se voit-elle partout,
souvent, le travail manque :
Le pauvre y est réduit à dormir dehors :
Mes
à la bile oun lou ret trauque,(...)
Lou praube a lheyt debat un poun.
(" Debat un poun ", Soucouc , p.96).
Un autre fléau qui guette le citadin est la dégradation
de sa santé, en effet le citadin moderne est un être
maladif; les conditions de vie et de travail sédentaires
sont néfastes à la santé :
E
lou sou dou boun Diu ne balhe pas santat
Au qui damoure atau tout lou jour entutat .
Souvent, l'appétit manque; Pour l'ouvrier, quand la
maladie s'installe, c'est l'hôpital et la misère :
Tau
qui ba plan, qu'a bère pelhe e bet oustau
E talèu malausas qu'a reyte e l'espitau.
Daugé ironise aussi sur la coquetterie des femmes de
la ville:
o
que-s gagne moussu, cau que sie emplegat
A plan besti madame e lou sou neurigat (...)
La fable " Lous tres paysans " ( F. G.,
p.71), présente trois paysans bien installés. Mais
un jour, le travail se mit à leur peser. Ecoutant le
discours de l'un d'eux qui vante la vie heureuse de
ceux qui ont de l'argent placé, ils vendent leur
bien, vivent de leur rente, coum moussus de la bile.
Un jour, les banques font faillite, ils doivent se
placer chez les autres. Daugé donne la leçon
suivante :
La
brabe terre, amics, ne la cau pas decha.
Que-n coste, qu'at sabem, de l'esquicha.
Mé, boune may, que balhe
En abounde de tout à l'omi qui trabalhe.
Deux autres fables présentent la situation inverse du
paysan qui ne s'en laisse pas compter par les mirages
du monde moderne et s'en font les critiques amusés.
Dans " L'auto " ( F. G., p.38), un parisien
qui circule en auto se gausse d'un laitier qui fait
depuis Duhort la tournée en carriole tirée par un âne.
Et de vanter cette invention des savants,
l'automobile, symbole de la modernité triomphante.
Mais le laitier lui rétorque :
(...)
se hèts bère l'eslurrade
Coum hèts bère l'esdeburade,
De cause ta plan embentade
E-n saberats grat aus sabents ?
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