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Le
paysan est la figure centrale de la Gascogne
traditionnelle - la bielhe Gascougne - Gascogne
immuable, presque intemporelle qui a su réaliser un
équilibre économique et humain. Dans ce contexte, le
paysan représente une sorte de point d'achèvement de
la nature humaine insérée dans une géographie et
une histoire précises.
Au
moment où écrit Daugé, les premiers signes d'un
changement historique se laissent, certes, percevoir,
particulièrement au lendemain de la Grande Guerre, et
le poète les relève pour les déplorer, pour les
critiquer et faire ressortir leur effet négatif sur
un mode de vie, et même sur une civilisation. A
mesure que défilent les années du siècle, et que
les inventions techniques et les changements de
comportement bousculent les habitudes anciennes, de
plus en plus souvent, Daugé est amené à contester
d'une manière tour à tour ironique ou acerbe le
bien-fondé de ces transformations.
Toutefois
il garde, du premier recueil jusqu'au dernier à
travers la bousculade de l'histoire, une confiance
inchangée dans la personne inaliénable,
indestructible du paysan de Gascogne.
Cette solidité qui défie les menaces du temps est
signifiée par la comparaison du paysan à un casse,
image qui connote à la fois la solidité, la durée
et la croissance lente dans une alliance de la vie et
du temps qui garantit à la première de traverser
victorieusement toutes les vicissitudes.
Daugé
est convaincu que les accidents liés à l'histoire ne
peuvent menacer durablement une réalité intangible,
trempée à l'épreuve du temps passé. Cette dureté
fondamentale du paysan et de la réalité qu'il
incarne provient avant tout de son authenticité
humaine fondée sur une relation de vérité avec le
cosmos tout entier, à la fois les hommes, la nature
et Dieu. C'est cet enracinement dans la vérité, à
la fois physique, social et métaphysique qui fait du
paysan une figure d'éternité :
il y a quelque chose de biblique dans le caractère d'évidence,
de légitimité des relations qu'il entretient avec la
Création et le Créateur. Aussi l'ensemble de sa
nature et de ses actes sont-ils posés une fois pour
toutes et le ton du poète qui les décrit est-il
celui de la louange.
Le
paysan possède un ensemble de caractères physiques
et moraux qui lui permettent d'accomplir sa tâche et
de jouer le rôle qui, de toujours, lui est destiné.
L'accord ainsi réalisé entre l'homme et son destin
lui apporte une satisfaction profonde garante de
l'harmonie de la société dans laquelle il vit.
L'existence quotidienne du paysan est toute entière
vouée au travail. Celui-ci est bien autre chose qu'un
moyen pour lui d'assurer sa subsistance - il n'a rien
à voir avec le gagne pain de l'ouvrier - il est une
relation active avec la terre et la nature qui occupe
le jour entier et tout le cours de l'année. Ce n'est
pas un travail imposé de l'extérieur, que l'on
endosse pour une durée déterminée, c'est un
engagement de tout l'être, dans une totale
responsabilité et qui s'appuie sur une relation
d'empathie avec le milieu. Ce milieu, c'est la Nature
considérée comme un être vivant qu'il faut
respecter et aimer, car l'échange est permanent entre
elle et les hommes, dans le travail, comme dans les
autres moments de la vie. Ce lien actif et intelligent
du paysan avec la nature lui permet de donner sens à
sa vie et de rejoindre les autres créatures et le Créateur
lui-même.
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