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Les
parisiens
-Et bientôt :
Dans « Lou de Paris e lou boè » ( F. G., p.68), un
monsieur venu de Paris à Aire voit un paysan épandre
du fumier dans un champ, et lui fait remarquer que ses
mains en sont couvertes. Le paysan fait remarquer avec
esprit : Las mans negres, moussu, hèn minja pan dou
blanc. Dans la morale, Daugé souligne l’ignorance
propre aux Parisiens touchant les choses de la terre :
Mantun,
per Paris, pan que minje
Chens sabé ne coum bayt ne coum se hè.
Toujours dans la perspective de la critique d’une
vision des choses déformée par le centralisme
parisien, Daugé renverse la perspective en développant
l’idée d’une dépendance de Paris à l’égard
de ce que produit le paysan :
Paris, qui bouleré pertout ha las coustumes,
Qu’a pan e bin coum un grapaut a plumes.
Et Daugé de conclure en lançant une formule moqueuse
à l’adresse de Paris et de sa suffisance :
Et
souben la Gascougne aberé lou cèu gris
S’atendè la bertat qu’ou bienè de Paris !
Mais Daugé va plus loin et fait la critique du matérialisme
philosophique moderne. Son argumentation, classique,
fait écho à l’image d’un monde comparé à une
horloge dont Dieu serait l’horloger. Dans « Boun
oubrè » (H. e F., p.176), son admiration du
printemps le lui fait comparer à un couturier. A la
question: Qui t’a balhat lous dits de hade (...) ?
Il répond: Lou pec que-m dira: «La Nature !»
A la source du matérialisme ordinaire de son temps,
Daugé place une connaissance superficielle que son
caractère parcellaire rend illusoire comme une
collection d’objets hétéroclites d’où toute
harmonie est absente :
L’omi
qu’a trop de counechense
N’a pas mey besouy dou boun Diu
Qui soul balhe luts e pachense
A tout so qui pousse e qui biu. («
Oey »).
Un exemple de ce faux savoir est celui que dispense
l’école :
Touts, oey que passen per l’escole ;
Au gran haut, so que saben tant ?
Pourtant, Daugé se défend d’être un contempteur
systématique et étroit du progrès. Dans les Fables,
« La beciclete » est une fable à la gloire de cet
objet . Il y a des choses bonnes à prendre parmi les
inventions techniques, mais l’homme doit affirmer sa
liberté en se montrant capable de faire un choix. Par
exemple, le camion.
Mais cette évolution possible ne justifie pas que
l’on abandonne le foyer des anciens, le champ, la
terre nourricière au profit du travail salarié de la
ville, que Daugé considère comme un nouvel esclavage
:
Enta
qué mespresa la terre neurissère
Qui lous ancièns abèn engrechat de susou ?
Perqué bouta-s baylet, cabestrat de misère,
Coan, l’agulhade en man, gàlen l’array dou sou ?
(« A Isidore Salles », H. e F., p.148).
Daugé a vu en quelques années la société changer.
Le travail de la terre, fondé sur des méthodes
traditionnelles, s’est trouvé transformé par les
applications techniques récentes. La mentalité de
l’ensemble de la société a elle aussi connu une évolution
qui a changé le regard porté par les hommes sur la
terre et les traditions qui lui étaient liées. La
famille elle-même en a été affectée. L’image
traditionnelle du foyer paysan s’est vue dévalorisée
au profit du mirage de la ville.
C’est à partir de 1917 que la poésie de Daugé se
fait régulièrement l’écho de ce bouleversement de
la société. Le poème intitulé « Peysan », écrit
en 1919 se présente comme une apologie de la figure
du paysan attaqué par les jugements de l’heure. «La
bertat» est un poème philosophique qui fonde sur une
conception de la vérité pratique cette même figure.
Il est écrit en 1921. Dans « A Isidore Salles »,
enfin, - qu’il prononce lors de l’inauguration en
1930 au jardin public de Dax d’un médaillon en
l’honneur du poète - Daugé s’appuie sur le
prestige du grand poète de la Gascogne pour appeler
à un retour à la tradition. Daugé garde confiance
dans une renaissance de la vieille Gascogne et de sa
langue.
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