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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
J'aime le "parla gascoun"  
Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

Les parisiens 

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Les parisiens 
 
-Et bientôt : 
Dans « Lou de Paris e lou boè » ( F. G., p.68), un monsieur venu de Paris à Aire voit un paysan épandre du fumier dans un champ, et lui fait remarquer que ses mains en sont couvertes. Le paysan fait remarquer avec esprit : Las mans negres, moussu, hèn minja pan dou blanc. Dans la morale, Daugé souligne l’ignorance propre aux Parisiens touchant les choses de la terre :

Mantun, per Paris, pan que minje
Chens sabé ne coum bayt ne coum se hè.


Toujours dans la perspective de la critique d’une vision des choses déformée par le centralisme parisien, Daugé renverse la perspective en développant l’idée d’une dépendance de Paris à l’égard de ce que produit le paysan :
Paris, qui bouleré pertout ha las coustumes,
Qu’a pan e bin coum un grapaut a plumes.


Et Daugé de conclure en lançant une formule moqueuse à l’adresse de Paris et de sa suffisance :

Et souben la Gascougne aberé lou cèu gris
S’atendè la bertat qu’ou bienè de Paris !

Mais Daugé va plus loin et fait la critique du matérialisme philosophique moderne. Son argumentation, classique, fait écho à l’image d’un monde comparé à une horloge dont Dieu serait l’horloger. Dans « Boun oubrè » (H. e F., p.176), son admiration du printemps le lui fait comparer à un couturier. A la question: Qui t’a balhat lous dits de hade (...) ? Il répond: Lou pec que-m dira: «La Nature !» 

A la source du matérialisme ordinaire de son temps, Daugé place une connaissance superficielle que son caractère parcellaire rend illusoire comme une collection d’objets hétéroclites d’où toute harmonie est absente :

L’omi qu’a trop de counechense
N’a pas mey besouy dou boun Diu
Qui soul balhe luts e pachense
A tout so qui pousse e qui biu.
(« Oey »). 

Un exemple de ce faux savoir est celui que dispense l’école : 
Touts, oey que passen per l’escole ;
Au gran haut, so que saben tant ?


Pourtant, Daugé se défend d’être un contempteur systématique et étroit du progrès. Dans les Fables, « La beciclete » est une fable à la gloire de cet objet . Il y a des choses bonnes à prendre parmi les inventions techniques, mais l’homme doit affirmer sa liberté en se montrant capable de faire un choix. Par exemple, le camion.
Mais cette évolution possible ne justifie pas que l’on abandonne le foyer des anciens, le champ, la terre nourricière au profit du travail salarié de la ville, que Daugé considère comme un nouvel esclavage :

Enta qué mespresa la terre neurissère
Qui lous ancièns abèn engrechat de susou ?
Perqué bouta-s baylet, cabestrat de misère,
Coan, l’agulhade en man, gàlen l’array dou sou ?
(« A Isidore Salles », H. e F., p.148).

Daugé a vu en quelques années la société changer. Le travail de la terre, fondé sur des méthodes traditionnelles, s’est trouvé transformé par les applications techniques récentes. La mentalité de l’ensemble de la société a elle aussi connu une évolution qui a changé le regard porté par les hommes sur la terre et les traditions qui lui étaient liées. La famille elle-même en a été affectée. L’image traditionnelle du foyer paysan s’est vue dévalorisée au profit du mirage de la ville. 
C’est à partir de 1917 que la poésie de Daugé se fait régulièrement l’écho de ce bouleversement de la société. Le poème intitulé « Peysan », écrit en 1919 se présente comme une apologie de la figure du paysan attaqué par les jugements de l’heure. «La bertat» est un poème philosophique qui fonde sur une conception de la vérité pratique cette même figure. Il est écrit en 1921. Dans « A Isidore Salles », enfin, - qu’il prononce lors de l’inauguration en 1930 au jardin public de Dax d’un médaillon en l’honneur du poète - Daugé s’appuie sur le prestige du grand poète de la Gascogne pour appeler à un retour à la tradition. Daugé garde confiance dans une renaissance de la vieille Gascogne et de sa langue.

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