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Présence
de l’église - institution et édifice
-Un autre aspect de l’importance de la foi
religieuse dans la société paysanne est la présence
de l’église - institution et édifice - dans la vie
quotidienne. Ainsi, le rythme du travail des champs
est marqué par la sonnerie des cloches qui apporte au
bouvier des nouvelles de la vie du village.
Les inflexions de la sonnerie des cloches soulignent
le caractère triste ou heureux des événements :
La
bouts dou cluchè que-s hè triste
E que s’a pres un er plagntiu
(...) Cauqu’un aperat p’ou bounDiu !(...)
Mes qu’am la campane esberide,
E plasen s’a heyt lou pous/ Pramoun gouyate que-s
maride.
Lou truc dou plasen carilhoun
Que brounech coum sus la coutene
Brounech abelhe(...)
Un nèn basut !
De même, l’Angélus se fait entendre à midi et à
la fin du jour.
Ainsi, par la voix de la cloche, le bouvier se trouve
t'il en contact avec le ciel vers qui il porte son
regard. Aussi le poète s’adresse t'il en ces termes
à la cloche, voix du ciel
Tu
qu’as bouts qui porte l’auside
De là haut de doun èm, dou cèu !
Tabé, se s’enten coum qui ploure
Ou coum qui cante la tou bouts,
Decap au cèu oun Diu damoure
Lous de Gascougne s’espien touts.
De même, la flèche du clocher semble comme un lien
entre le ciel et la terre.
Le clocher porte au ciel les soucis des hommes et leur
rappelle qu’ils doivent se conformer à la volonté
de Dieu venue du ciel. Pour rappeler aux hommes
qu’ils doivent se conformer à la volonté du ciel,
Daugé se sert aussi de l’image de la crémaillère
:
Qu’èm
touts pelegrins sus la terre:
Jens de la bile e jens dou cam
Espiam ta la-haut, e sercam
A pene au cèu ... la crémaillère ! («
La cremalhère », F. L., p.137).
Toutefois, il fustige aussi une foi qui n’est que
dans les apparences et lui oppose la foi simple et
sincère des humbles, telle qu’elle se voyait à la
Toussaint, dans les gestes à l’endroit des défunts
au cimetière.
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Il
dénonce aussi l’athéisme qui se répand
et qu’il juge être une conception à
courte vue. Il ironise sur l’explication
du monde par le seul jeu des atomes.
L’atome en biroula que balhe lou perqué
De tout so qui-s pot bese ou qui poden
entene :
Lous atomes n’an pas sounque à gaha-s e
chene.
L’un dèche , l’aut que pren e l’atome
eternau
Dab so de bielh que hè lou mounde toustem
nau. (« Oey lou jour », H. e F.,
p.129).
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Il
discute avec les philosophes pour décider si
l’atome, lui, s’est fait tout seul, et il en
appelle à la sagesse populaire et à l’expérience
paysanne pour qui rien ne se fait tout seul.
Césaire Daugé reprend par là l’idée pascalienne
de l’horloge qui ne peut faire sans l’horloger. Et
il oppose la précarité des choses humaines à la
permanence de la création divine.
Il oppose aux opinions du monde moderne, la vérité
d’une âme croyante :
Lous
omis tout soulets que hèn u minauguère
De pègues oupiniouns. Que se-n hè l’espourguère
A l’escole en mant’un libe qui-s dit sabén.(...)
La resoun que bo pan de bertat eternale.
Lou groun qui da quet pan n’a ne pourgue ne bale.
(« Oey lou jour »)
Ainsi Daugé rassemble-t-il dans une vision du monde
chrétienne la signification de la vie de l’homme et
de la terre ici-bas; l’homme réalise sur terre un
destin dont la finalité est dans l’au-delà.
C’est pourquoi, pour Daugé, la terre mise en valeur
par le paysan donne, par ses fruits, à la fois la
nourriture du corps et celle de l’âme. Le blé et
la vigne sont, à travers le pain et le vin,
nourriture pour le corps, selon la volonté de Dieu :
Le blé est aussi une métaphore des oeuvres
accomplies par chaque homme qui, au jour du jugement,
lui permettront d’entrer dans la vie éternelle :
La
nouste bite qu’és un caus
Oun Diu seguera dab la haus:
Ajis tu blat à plegne arrègue ! («
Sègue, sègue ! », H. e F., p.71).
Césaire Daugé place le paysan au point de rencontre
de la terre et du ciel. L’activité de celui-ci a
une double importance, puisqu’elle a pour finalité
la vie du corps et de l’âme. Le paysan travaille et
vit dans un environnement naturel dont l’ordre est réglé
selon la volonté de Dieu. Aussi, c’est comme
naturellement que le paysan perçoit par la pensée
l’évidence de Dieu, et s’adresse à lui par la
prière. Cette piété vive du paysan gascon
s’adresse volontiers aussi à la Vierge Marie, sous
la protection de laquelle il se place. Un témoignage
en est donné par le poème « Nouste Dame de
Maylis » (F. L., p.138) :
May
dou boun Diu, may bienheytouse,
Belhats sus nous dou cap dou cèu.
A bous la Chalosse amistouse
Counsacre assi cade tinèu (...)
Pregat per nous, o nouste Dame, O nouste Dame de
Maylis.
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