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L'harmonie
entre le paysan et la Gascogne: La
Gascogne avec la langue héritée des aïeux
-Le paysan de Gascogne tire son originalité du pays où
il vit et travaille. Ce pays est une terre riche,
plaisante, favorable à l’homme. Césaire Daugé se
présente lui-même comme un fils de paysan. Dans ses
vers, il a voulu peindre inséparablement le paysan et
la Gascogne. Ne le voit-on pas clairement aux titres
de ses recueils : Flous de Lane, Fables Gascounes,
Sounets de Ma, Soucouc ( le terme soucouc désignant
en gascon aussi l’ouest, c’est-à-dire la
direction de l’Océan et du Golfe de Gascogne),
Brises de Gascogne, seul recueil écrit en français.
Et des titres tels que A Perucades et Hoelhes e Flous
font allusion aux paysages verdoyants et à la
vocation agricole de la Gascogne. Pour le poète il
existe une harmonie précise entre le paysan et son
pays. Pourtant, il a vu le monde changer, les hommes
commencer de s’éloigner de ce qui faisait la spécificité
de leur terre, les influences venues de la ville et du
monde moderne se faire de plus en plus impérieuses.
Il
n’en affirme pas moins sa confiance dans la
possibilité de faire revivre la vieille Gascogne. En
particulier, il pense que la langue gasconne, langue
propre au paysan de Gascogne, se doit de reprendre
vigueur dans le pays qui depuis des siècles la parle,
et qu’elle n’est en rien inférieure à la langue
française. Enfin, l’inspiration de Césaire Daugé
poète est nourrie des images issues de la terre et de
la vie paysanne.
Dans la présentation de A Perucades, paru en 1914, et
intitulée « Au qui-m lejera », Césaire Daugé
affirme avoir voulu composer, depuis Flous de Lane,
premier recueil, paru en 1901, des vers qui décrivent
la Gascogne avec la langue héritée des aïeux :
Desempuch quatourze ans ensa, qu’èy, Diu mercé,
largat bers de Gascougne, ne disi pas dous qui balen
la ma e lous pechs, més bers de nouste qui debisen de
so de nouste dab lou parla dous aujols :
lous anciens n’èren pas mey pecs que nous, n’at
cau pas crese. De même, au début de Hoelhes e Flous,
publié plus de vingt ans plus tard, en 1936, il énonce
une intention similaire, tout en présentant une
explication plus circonstanciée. Il se présente
d’abord comme Hilh e arrehilh de peysans, et il définit
le paysan comme lou qui-s damoure fidèu à la terre,
echartigade tems a p’ous aious e engrechade de la
loue susou. Et il définit ainsi le projet qui
sous-tend les poèmes qui composent le recueil : atau
qu’èy boulut ha lou crit de la terre peysane e
chrestiane de Gascougne.
Précisant le détail de son intention, il insiste sur
l’évocation de la campagne et du travail du paysan
:
La campagne, obre dou boun Diu, nabe tout an,
mey bère et apariade que la bile, obre dous omis qui
cau toustem arreha ou pedassa; lou trabalh néurissè
dous cams (...).
Daugé célèbre la diversité de la Gascogne, par
exemple dans « Cante de Gascougne » (F. L., p.62) :
Lou parsan dou Biarn qu’a de bères campagnes.
Oun trebuquen au cèu de may bères mountagnes ? (...)
Près dou sable oun lou pin lagagnous e s’aquilhe,
La ma , la grane hole, en brama que-s bouquilhe (...)
Qu’am lou cèu net e blu coum lou cèu d’Italie.
De plus la Gascogne est une terre fertile où les
productions de l’agriculture sont variées ; elles
lui font comme un vêtement. Cette prospérité et
cette beauté de la Gascogne est magnifiée par
l’amour que lui porte Marie, la mère de Dieu.
La richesse de la Gascogne provient, outre sa fertilité,
de ce que les hommes y sont travailleurs :
E
touts assi que soun trabalhedous,
Trabalhedous de cam, trabalhedous de glori.
(« Gascougne »).
De plus, les gascons sont gens de bonne souche:
Gascouns
de boun courau que gn’a chens fin ne counde.
Cette
qualité de la Gascogne et des Gascons, Daugé
l’affirme en l’opposant à Paris et aux parisiens
dont il dénonce l’influence néfaste sur les
nouvelles générations:
Per
nouste qu’am de qué, se Diu plats ! Qu’am roumen,
Biles coum Pau, Bayoune, Ayre, Lourdes, Bagnères (
...)
Paysans qui-s benerén Parisiens à pugnères.
(« A Mous de Lacoarret », A. P., p.87).
Il affirme également la valeur des écrivains
gascons. Il associe dans le même éloge la nature, la
qualité des hommes et la culture populaire. Le paysan
gascon est présenté comme une réalité de la nature
qui obéit à une nécessité d’exister et de s’épanouir,
tout comme le chêne :
E
lou peysan gascoun qu’a besouy d’eslouri
Coum lou cassou balen qui, tout an, tire brouste !
C’est pourquoi, il est nécessaire de lui demeurer
fidèle car il constitue la spécificité de la
Gascogne. Et le poète d’affirmer son amour de
la Gascogne,où il fait bon vivre, et sa fierté
d’en être le fils !
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