|
La
Gascogne, véritable jardin
-Cet amour, cette fierté se
justifient parce que la Gascogne, mise en valeur par
le paysan, devient un véritable jardin qui donne ses
richesses pour le bonheur des hommes, comme le montre
cette évocation de la campagne au mois de mai :
Hoelhe
nabe pertout, au cam, au prat, au plech,
E lou chermen s’estire(...)
D’arenlà bigne, prat e cam soun lou larè
De la Gascougne bère.(...)
Urous, cent cops urous, e qu’at sab, lou peysan
Qui bigne e cam trabalhe. («
May que hè l’aunou », H. e F., p.84).
Remarquons l’image du larè, le foyer, pour caractériser
la campagne fertile, le foyer qui est lieu de chaleur
et de vie, l’hiver, pour le paysan et sa famille. De
même, la campagne où croissent les cultures est ce
qui assure la vie tout au long de l’année. Aussi la
Gascogne n’est-elle pas seulement, pour Daugé, un
pays au sens géographique, avec ses ressources, elle
est surtout un art de vivre, une fidélité à une
tradition qui réunissent dans un même foyer ceux qui
travaillent ensemble en se respectant.
Daugé associe dans sa pensée et son amour le Larè
à la Gascogne :
Lou
Larè qu’eslourech ensourelhat d’eslame,
E, deban lou carboun à coulou de sang biu,
Que pensam à gran may qui gusmerèbe hiu,
A la Gascougne, grane Dame !
Dans « Au cournè dou hoec » ( H. e F., p.169), le
poète se remémore le foyer de son enfance, il évoque
la mort qui emporte les aînés, mais il conclut sur
la pérennité du foyer gascon.
La Gascogne aussi est un pays où règne l’amitié
ainsi que la vérité, que le poète oppose à
l’artifice de Paris.
La Gascogne est encore un pays propice à la santé,
particulièrement en montagne où le malade se
revigore :
Aquiu
lou malau s’arrebiscle:
Lous de Paris endoulourits
En se-n tourna que sauten coum lous grits.
(« Mountagnes puntagudes », F. L., p.6).
Outre sa richesse naturelle, Daugé fonde la gloire de
la Gascogne sur une histoire millénaire dont il cite
quelques noms et évoque quelques épisodes.
Ce sont d’abord les Grecs qui nommèrent ce qui n’était
pas encore les Pyrénées, le Moun Pyrénée, ou
mountagne de hoec, en référence aux volcans encore
actifs
Il fait état des incursions dévastatrices des
Normands au Moyen Age, définitivement chassés par le
duc Sanche.
Dans « Gascougne » (A P p10), il fait des Gascons
les alliés d’Hannibal en marche vers Rome.
Daugé dénonce les visées centralisatrices de Paris
qui prétend modeler les esprits à sa guise,
l’image de la nuit, la neyt, appliquée à Paris
souligne l’obscurantisme d’une telle politique :
La
neyt, eh ! qu’éy Paris qui bo tout arrapa.
Enta hielats, qu’a lous journaus e las escoles (...)
Ent’arrecapta tout Paris n’a pas bergougne.
(« A Mous de Lacoarret » A. P., p.87).
Et il appelle à se remémorer Gaston Fébus qui, au
14ème siècle, régnait sur le Royaume de Foix et de
Béarn :
Amics
ne cau pas ha la grane arreculade.
Pensém coum lous pay grans e sim lous Escouliès
Dou Febus qui trouba la nouste aygue salade.
Daugé voudrait donner aux Gascons la fierté d’être
ce qu’ils sont, et la volonté de résister aux
influences extérieures, en premier lieu celles venues
de Paris, pour sauvegarder ce qui constitue le génie
de la Gascogne et dont la civilisation paysanne est un
élément essentiel
Dans « A Isidore Salles » ( H. e F., p.148), il
affirme sa confiance dans une renaissance de la
Gascogne :
Qu’am
hise de poudé ha l’arrebiscoulade
De la bielhe Gascougne oun se pourtabe esclops.
Daugé pense que l’harmonie qui a existé entre un
pays, la Gascogne et les hommes qui l’habitent, en
premier lieu le paysan qui la met en valeur, doit
vivre en gardant sa personnalité, parce qu’à un
pays riche, tel que Dieu l’a voulu, correspond une
manière de travailler et de vivre, élaborée par le
temps et les générations, qui réalise un équilibre
heureux entre l’homme et la nature. De plus, cet équilibre
est réalisé dans le respect de la volonté divine.
Si des forces venues de l’extérieur cherchent à le
détruire, il faut en prendre conscience et leur résister.
C’est la leçon d’un autre grand poète de la
Gascogne, Isidore Salles.
|