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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
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Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

La Gascogne, véritable jardin

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La Gascogne, véritable jardin
 
-Cet amour, cette fierté se justifient parce que la Gascogne, mise en valeur par le paysan, devient un véritable jardin qui donne ses richesses pour le bonheur des hommes, comme le montre cette évocation de la campagne au mois de mai :

Hoelhe nabe pertout, au cam, au prat, au plech,
E lou chermen s’estire(...)
D’arenlà bigne, prat e cam soun lou larè
De la Gascougne bère.(...)
Urous, cent cops urous, e qu’at sab, lou peysan
Qui bigne e cam trabalhe.
(« May que hè l’aunou », H. e F., p.84).

Remarquons l’image du larè, le foyer, pour caractériser la campagne fertile, le foyer qui est lieu de chaleur et de vie, l’hiver, pour le paysan et sa famille. De même, la campagne où croissent les cultures est ce qui assure la vie tout au long de l’année. Aussi la Gascogne n’est-elle pas seulement, pour Daugé, un pays au sens géographique, avec ses ressources, elle est surtout un art de vivre, une fidélité à une tradition qui réunissent dans un même foyer ceux qui travaillent ensemble en se respectant.
Daugé associe dans sa pensée et son amour le Larè à la Gascogne :

Lou Larè qu’eslourech ensourelhat d’eslame,
E, deban lou carboun à coulou de sang biu,
Que pensam à gran may qui gusmerèbe hiu,
A la Gascougne, grane Dame !


Dans « Au cournè dou hoec » ( H. e F., p.169), le poète se remémore le foyer de son enfance, il évoque la mort qui emporte les aînés, mais il conclut sur la pérennité du foyer gascon.
La Gascogne aussi est un pays où règne l’amitié ainsi que la vérité, que le poète oppose à l’artifice de Paris.
La Gascogne est encore un pays propice à la santé, particulièrement en montagne où le malade se revigore :

Aquiu lou malau s’arrebiscle:
Lous de Paris endoulourits
En se-n tourna que sauten coum lous grits.
(« Mountagnes puntagudes », F. L., p.6).

Outre sa richesse naturelle, Daugé fonde la gloire de la Gascogne sur une histoire millénaire dont il cite quelques noms et évoque quelques épisodes. 
Ce sont d’abord les Grecs qui nommèrent ce qui n’était pas encore les Pyrénées, le Moun Pyrénée, ou mountagne de hoec, en référence aux volcans encore actifs 

Il fait état des incursions dévastatrices des Normands au Moyen Age, définitivement chassés par le duc Sanche.
Dans « Gascougne » (A P p10), il fait des Gascons les alliés d’Hannibal en marche vers Rome.

Daugé dénonce les visées centralisatrices de Paris qui prétend modeler les esprits à sa guise, l’image de la nuit, la neyt, appliquée à Paris souligne l’obscurantisme d’une telle politique :

La neyt, eh ! qu’éy Paris qui bo tout arrapa.
Enta hielats, qu’a lous journaus e las escoles (...)
Ent’arrecapta tout Paris n’a pas bergougne
. (« A Mous de Lacoarret » A. P., p.87).

Et il appelle à se remémorer Gaston Fébus qui, au 14ème siècle, régnait sur le Royaume de Foix et de Béarn :

Amics ne cau pas ha la grane arreculade.
Pensém coum lous pay grans e sim lous Escouliès
Dou Febus qui trouba la nouste aygue salade.


Daugé voudrait donner aux Gascons la fierté d’être ce qu’ils sont, et la volonté de résister aux influences extérieures, en premier lieu celles venues de Paris, pour sauvegarder ce qui constitue le génie de la Gascogne et dont la civilisation paysanne est un élément essentiel
Dans « A Isidore Salles » ( H. e F., p.148), il affirme sa confiance dans une renaissance de la Gascogne :

Qu’am hise de poudé ha l’arrebiscoulade
De la bielhe Gascougne oun se pourtabe esclops.


Daugé pense que l’harmonie qui a existé entre un pays, la Gascogne et les hommes qui l’habitent, en premier lieu le paysan qui la met en valeur, doit vivre en gardant sa personnalité, parce qu’à un pays riche, tel que Dieu l’a voulu, correspond une manière de travailler et de vivre, élaborée par le temps et les générations, qui réalise un équilibre heureux entre l’homme et la nature. De plus, cet équilibre est réalisé dans le respect de la volonté divine. Si des forces venues de l’extérieur cherchent à le détruire, il faut en prendre conscience et leur résister. C’est la leçon d’un autre grand poète de la Gascogne, Isidore Salles.

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