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Le
choix de la langue gasconne pour écrire une oeuvre poétique
-Au cours de sa longue carrière, Césaire Daugé a vu
la langue française prendre une place de plus en plus
grande au détriment de la langue gasconne. Il déplore
ce changement qu’il attribue à la politique
centralisatrice de Paris. Il affirme que ce serait une
grave erreur de délaisser la lenque mayrane au profit
du seul français, tout autant que de se détourner du
travail de la terre. Selon lui, la langue gasconne
possède certaines qualités parmi les plus précieuses
qui font défaut au français. L’exemple du Félibrige
l’incite à croire à une renaissance du parla
gascoun.
C’est lors qu’il profère en public, en 1930, un
poème dédié « A Isidore Salles », que Césaire
Daugé constate le recul de la langue gasconne au
profit de la mode du français :
Qu’at
sèy, d’auts cops, la lengue ère toute gascoune
E l’ana de le jen qu’ère gascoun tabé.
Lou toun calam doulén qu’a bis cambia la mode.
Disen pas may pitchès, que parlen de flacouns (...)
Que l’interlocuteur soit Isidore Salles n’est pas
sans importance. Après une carrière administrative
au service de l’Etat, il s’est tourné vers la
littérature, et c’est comme naturellement qu’il a
adopté la langue de son enfance pour composer une
oeuvre qui est aussi un éloge de la terre gasconne.
Salles le premier a critiqué l’influence néfaste
de la capitale sur les Gascons et déploré le manque
de résistance de ces derniers à ce qui peut être
considéré comme une colonisation intellectuelle,
morale et même matérielle si l’on considère le
bouleversement de la société traditionnelle produit
par l’introduction de la monoculture du pin.
S’adressant à Salles, Daugé écrit:
(...)
de tan qui besès a biroula l’arrode,
Que disès so qui manque... e qu’èren lous Gascouns.
Il dénonce un discours mensonger venu de Paris, répandu
par les journaux et l’école, qui fait considérer
comme arriéré celui qui reste fidèle à la parole
des anciens.
Il
oppose à cette apparence de savoir, qui fait croire
que l’époque moderne détient la vérité, le
savoir plus ancien de ceux qui ne reniaient pas leur
langue maternelle.
Il pense que l’abandon de la langue gasconne équivaudrait
à un reniement de soi-même et se traduirait par un
amoindrissement intellectuel et moral:
Perqué
boulé pertout la mode pegourasse
De ha perde aus maynats la lengue dous anciens
Qui parlaben gascoun ? La lengue qu’é la race :
Enta dise en francés que seram meylèu niens.
Césaire Daugé, qui a fait le choix de la langue
gasconne pour écrire une oeuvre poétique, théâtrale
et narrative, raconte dans « Au cournè dou hoec »
(H. e F., p.169) sa propre enfance où, sitôt sorti
de l’école, où le français ne s’apprend
qu’avec peine, il pratique avec jubilation sa langue
maternelle :
A
l’escole, oun hasèm mey de bren que de rése,
Que-ms hasèn espourga cauque tros de francés.
Mes nous, ente nou pas prene habe per cése,
A hort parla gascoun que passabem lous sés.
L’expression : ente nou pas prene habe per cése,
dit bien ce qui, pour Daugé est une des qualités du
gascon : dire les choses telles qu’elles sont, dans
leur vérité, alors que le français aurait tendance
à les déguiser.
Il précise
cette dernière idée dans « Francés e Gascoun»(
Sounets de Malau, XXVI) : le français est une langue
apprêtée, langue de l’apparence et du
trompe-l’oeil.
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