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Le
gascon, un parler nerveux, un parler vrai!
-Le gascon, en revanche, est une
langue de paysan, un parler franc sans rien
d’emprunté, ce qui ne l’empêche pas d’avoir
autant de ressources que le français :
Lou
Gascoun, boun paysan, ayme à pourta capèt.
Més tabé, qu’éy tout soun so qu’a dessus la pèt,
E, coum lous de Paris, qu’a lou bros dab arrodes.
Le poète met en valeur les qualités du gascon par
des adjectifs qui font ressortir son intégrité, sa
saveur, sa sonorité, qualités qui en font une langue
qui rend heureux celui qui la parle.
Le gascon est présenté ici comme un parler nerveux -
goarrut - et souple - eslindrat -, propre à la
discussion, notamment en affaires. L’histoire que
conte «Lou Petitoun» (H. e F., p.174) en donne un
exemple de la saveur. Lou Petitoun est un métayer qui
va porter les étrennes à son maître demeurant à
Saint-Sever. Celui-ci le reçoit et lui offre un repas
savoureux qu’il conclut d’un petit verre propre à
ressusciter l’appétit du Petitoun: il s’agit
d’une liqueur inconnue de ce dernier, une anisete de
Bourdèu. A la question du maître : «ès counten?»,
le Petitoun répond :
«
Moussu, se dit, au cot que se-m eslurre
Mey dous que mèu : que diserén
Un anje dou boun Diu que-m piche à la ganurre.
»
Le gascon est la langue de la franchise, avons-nous
dit. Dans « Lou tros de ligue » (A. P., p.95), lou
Jeantot a pu grâce à son maître voir s’accroître
son bien.
L’expression « Parlam biarnés » exprime la
franchise avec laquelle doit se faire un marché. Les
qualités propres au gascon sont encore mises en évidence
dans « Lou sauneyt de Coundom » ( A. P., p.74 ).
Blaise de Monluc s’adresse à Dupleix et Bossuet, le
premier né à Condom, le second qui en fut l’évêque
mais n’y alla jamais:
Assi
qu’aurets aprés un parla dous e boun.
Lou Mountaigne e-n disèbe un cop, se plan m’escasi
:
« Se Francés nou y arribe, arribe-y tu Gascoun ! »
Daugé voit dans l’épanouissement de la poésie
d’oc à travers le Félibrige une chance de
renaissance de la langue gasconne.
Dans
« Cante de Gascougne » ( F. L., p.62 ), il proclame
la renaissance de sa langue:
Dous
terrès dou Biarn aus terrès de Bigorre,
De la lane sablude à la mountagne oun torre,
Un bén nabèt, passan per catsus lou branoun,
Tourne ha reberdi lou bielh parla gascoun.
Il voit un signe du ciel dans le fait que Bernadette
à Lourdes parla gascon avec la Mère de Dieu.
Dans « Arrebiscoulade » ( H. e F., p.46 ), dédié
« Au nouste castet de Maubezin », Daugé raconte
l’histoire de ce château des Pyrénées que la générosité
de son propriétaire a permis de faire le castet dous
Felibres, et le poète présente la langue gasconne
comme l’emblème de la Gascogne et une langue venue
du ciel, c’est-à-dire immortelle.
...
Césaire
Daugé a vu sa langue maternelle, le gascon, menacé
par l’intrusion du français soutenu par une
politique centralisatrice et l’influence des modes
venues de Paris . Pourtant, les qualités propres au
gascon qui, à certain égards dame le pion au français,
lui donnent foi en la possibilité pour lui de
retrouver son prestige.
Ce
sont ces mêmes qualités qui lui ont fait élire le
gascon pour composer son oeuvre littéraire. D’autre
part, l’élan du Félibrige lui donnent confiance en
une renaissance possible.
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