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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
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Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

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Daugé a vu la fin d’une époque et le commencement d’une autre
 
-Outre les métaphores empruntées à la vie paysanne pour décrire l’activité poétique, nombreuses sont celles de même nature qui servent à évoquer les gestes et les situations les plus variées. Certaines sont des plus réussies, comme le geste de la jeune fille puisant de l’eau à la fontaine avec la cruche, dans « La hountanére » (Soucouc, p.7).

A l’aygue, clare coum miralh,
Dab la man nuse
En ha coum qui balhe un gran talh
Ere que puse.


La poésie de Césaire Daugé s’est nourrie de thèmes et d’images prises dans la vie et le travail du paysan gascon. C’est la vie tout entière, le mouvement de la nature et les actions humaines, l’activité de la pensée et la vie spirituelle qui se trouvent dépeints au moyen de telles images. Le monde de la terre est tellement naturel à Daugé, il le connaît si intimement que ces images semblent venir naturellement sous sa plume, même lorsqu’elles sont, et le poète nous en a averti, le fruit d’un travail.

La carrière de Césaire Daugé a couvert près d’un siècle. Il a vu la fin d’une époque et le commencement d’une autre dont il ne pouvait savoir où elle conduirait. Il a vu la fin d’une civilisation où le travail de la terre reposait sur des manières de faire traditionnelles et où il était considéré dans toute sa noblesse. L’ouvrage du paysan s’accomplissait en harmonie avec la vie de la nature. Et son existence se déroulait en accord avec des traditions que l’on pouvait croire immuables tellement elles paraissaient conférer à la vie paysanne une harmonie comme venue de la nature même. La famille du paysan était un lieu de rencontre des générations dans une affection réciproque. Une foi religieuse vive permettait de considérer la vie terrestre justifiée par une signification surnaturelle. Cette manière de vivre quasi intemporelle et cette conception du monde ont perduré en somme jusqu’en 1914. 

Les premières transformations, apparues au début du siècle avec, entre autres, la mécanisation naissante de l’agriculture, se poursuivent au lendemain de la guerre de façon radicale. Ces bouleversements, dès la guerre, Césaire Daugé les perçoit et les appréhende. Dès lors, sa poésie va les décrire en train de se produire tant dans le travail de la terre que dans les autres aspects de la vie. Il montre la famille qui se défait, le foyer, symbole de la vie paysanne, déserté par les enfants, l’incroyance religieuse se répandre, l’état d’esprit général, les mœurs se modifier. Il impute ces faits au mirage qu’exerce sur les hommes le monde moderne avec ses inventions de toutes sortes , porteuses d’une illusion prométhéenne. En particulier, il met en cause une conception de l’organisation politique et sociale spécifiquement française, fondée sur la centralisation, et qui s’exprime dans ses vers par le symbole de Paris et de ses prestiges fallacieux. Ceux-ci ne sont pas sans influence sur la vie de la Gascogne, citadine comme paysanne. Cette action s’exerce même sur la langue, et Daugé voit le gascon de plus en plus délaissé au profit du français.

 

Toutefois, Césaire Daugé ne condamne pas en bloc le changement. Il pense que les inventions techniques peuvent apporter aux hommes des moyens nouveaux dont ils feront leur profit. Mais il importe qu’ils ne subissent pas ces innovations et fassent un choix parmi ce qui leur est proposé. En somme, Césaire Daugé appelle les hommes à prendre en main leur destin. De plus, il croit possible un renouveau des valeurs fondamentales de la Gascogne. Il se fonde pour cela sur le jugement porté, avant lui, par un autre gascon, Isidore Salles, qui, ayant perçu, déjà, à la fin du siècle précédent les profondes mutations en cours, avait appelé à une prise de conscience et à un changement d’attitude ses compatriotes gascons. 



Césaire Daugé affirme que les hommes au lieu de se laisser porter par le cours des choses, doivent faire un effort de lucidité et choisir un destin différent, en accord avec les valeurs humaines et chrétiennes de la Gascogne éternelle. Daugé donne lui-même un exemple en élisant la langue gasconne pour dire, dans le langage de la poésie, la vision du monde qui doit guider les choix des hommes. Il montre, en s’attachant à peindre la figure du paysan gascon, en confiant à la poésie sa réflexion spirituelle de chrétien et de prêtre, et son analyse des pouvoirs de la poésie, que la lengue mayrane peut exprimer avec force et raffinement ce qu’un esprit à la fois critique, poétique et religieux peut dire sur l’homme et le monde.

Vers la recette de la garbure (la recepta de la garbura) lien ouverture nouvelle fenêtre

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