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LES
CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET MORALES DU PAYSAN
- La personne du paysan se
distingue par un ensemble de qualités qui lui donne
une stature prestigieuse caractérisée par une
vitalité exceptionnelle, un développement moral et
intellectuel, un équilibre intérieur qui le rendent
capable de conduire avec sûreté sa vie et celle des
siens. Ses qualités sont liées, au premier chef, aux
exigences d'un travail. Daugé emploie pour les désigner
aussi bien le terme de boè que celui de peysan qui désigne
précisément le paysan propriétaire. Le boè conduit
les bœufs et laboure la terre. Le paysan concentre
dans son être une santé originelle, qui est celle même
de la nature, santé physique morale et intellectuelle
que le poète oppose volontiers à la dégénérescence
des géns de bile. Ainsi, au-delà d'une fonction
sociale le paysan est-il une réalisation exemplaire
de la nature humaine, ayant atteint un degré d'achèvement
moral lui permettant de ne pas craindre les mutations
historiques, et renvoyant à leur caractère dégradé
les récentes évolutions de la société urbaine. Le
paysan est par son existence même un gage d'espoir
pour la société humaine, ce que corrobore son tempérament
foncièrement heureux.
Oéy, tabé coum d'auts cops,
lou peysan de Gascougne
Dab l'agulhade en man ne tire pas bergougne.
Ce poème est écrit en alexandrins, mêtre que Daugé
emploie lorsqu'il énonce avec une certaine solennité
son point de vue sur ce qui lui tient à cœur. Il
s'agit ici d'un poème à caractère philosophique qui
dessine, avec beaucoup de vigueur et de relief, la
figure du paysan en l'opposant de façon polémique
aux habitants de la ville, en particulier à
l'ouvrier. Le paysan nous y apparaît d'emblée comme
un être fier, installé dans sa permanence, semblable
à un roi : L'agulhade en man évoque un sceptre. Une
métaphore du même poème explicite cette vision :
Rey dou cam e dou prat, que-n ba dab l'agulhade. Cette
image du paysan en majesté se concrétise dans le
portrait physique que Daugé esquisse de lui, où la métaphore
du casse suggère, nous l'avons dit, les idées de
force, de résistance et de durée :
Aquilhat coum un casse e hort
coum lou metau (...)
Coum au casse tilhut l'esqui que se l'endrésse
E la bouts e la lén que porten hourtalésse.
D'autres notations soulignent
cet aspect d'un corps construit par et pour le travail
de la terre et trempé par les éléments naturels :
Pey-nu, cante s'ous pots e bras hore camise
Que trabalhe parelh que héssi caut ou bise.
Notons au passage cette allusion à cette joie de
vivre de Daugé ne manquera pas de souligner encore en
relation avec le travail. Notons encore :
Magre meyléu que gras, lou
crofe plan bastit
Qu' apare lous arrous ta plan coum sourelhade.
S'a machére mourete e lou bras prou pelut,
Qu'a lou nérbi goalhart, lou pé hort e goarrut.
Daugé n'en dira pas plus pour
peindre au physique celui qu'il appelle lou balén bouè,
son intention étant de nous le montrer au plus vite
occupé par son travail :
Coan a la bile, aciu, lou balén
drom encoè,
L'arrous que cayt beroy sus las flous e s'ou boè.
Liée à cette robustesse et à
cette résistance, Daugé souligne la frugalité du
paysan :
Que minge coan s'escayt e s'ou pugn, per dehore..
Cette frugalité est aussi celle des tranquiles
pastous que nous présente " Mountagnes
puntagudes " (F. L., p.6) :
Dus talhs de crouste à la
garbure
Qui sur dus tarquès s'esdebure,
Cauque cap d'alh, ou drin de leyt,
Dus gnacs de pan, e qu'an lou disna heyt.
Et à midi nous assisterons au repas du bouvier,
apporté par la joene dame et qu'il prend debat lou
casse oun l'oumpre hè lou plap : un salerat de soupe
encoère caute, un boun bourrat de bigne haute,
caroade et pan dou frés, dus ou tres caussets, et
pour finir de bin lou salè pleng. Cette alimentation
est la condition de la force au travail : Que-t
tournera tantos lou pé hort à l'esclop, lui dit la
jeune dame.
A côté de l'allure physique du paysan, la
connaissance, la science qu'il a de la nature et de
son travail est mise en valeur, dans le poème "
Peysan ", par l'affirmation de son état de sabén
et une succession de vers rythmés par l'anaphore de
Que sab :
Sabén que-n é. Que sab coan bo
ha bet ou plabe,
Coan se gete lou blat,coan ses plante l'arrabe,
Coan se poude la bit, coan se cope lou heng,
Coan la lue e-s hè nabe e coan passe p'ou pleng.
Que sab coan lou mesplè s'ou pé de broc s'empéute (
...)
Que sab ha base pan (...)
Que sab quine é la baque
Qui balhera betet e leyt de boune traque.
Que sab cura l'estable e ha palhat per tems,
Lou hems qu'at hè tout base e tout se-n tourne hems.
Aco que sab e coan d'autes causes encoère (...).
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