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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
J'aime le "parla gascoun"  
Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

Caractéristiques physiques et morales  - I. LE PAYSAN DE GASCOGNE

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LES CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET MORALES DU PAYSAN 
 
- La personne du paysan se distingue par un ensemble de qualités qui lui donne une stature prestigieuse caractérisée par une vitalité exceptionnelle, un développement moral et intellectuel, un équilibre intérieur qui le rendent capable de conduire avec sûreté sa vie et celle des siens. Ses qualités sont liées, au premier chef, aux exigences d'un travail. Daugé emploie pour les désigner aussi bien le terme de boè que celui de peysan qui désigne précisément le paysan propriétaire. Le boè conduit les bœufs et laboure la terre. Le paysan concentre dans son être une santé originelle, qui est celle même de la nature, santé physique morale et intellectuelle que le poète oppose volontiers à la dégénérescence des géns de bile. Ainsi, au-delà d'une fonction sociale le paysan est-il une réalisation exemplaire de la nature humaine, ayant atteint un degré d'achèvement moral lui permettant de ne pas craindre les mutations historiques, et renvoyant à leur caractère dégradé les récentes évolutions de la société urbaine. Le paysan est par son existence même un gage d'espoir pour la société humaine, ce que corrobore son tempérament foncièrement heureux.

Oéy, tabé coum d'auts cops, lou peysan de Gascougne
Dab l'agulhade en man ne tire pas bergougne
.

Ce poème est écrit en alexandrins, mêtre que Daugé emploie lorsqu'il énonce avec une certaine solennité son point de vue sur ce qui lui tient à cœur. Il s'agit ici d'un poème à caractère philosophique qui dessine, avec beaucoup de vigueur et de relief, la figure du paysan en l'opposant de façon polémique aux habitants de la ville, en particulier à l'ouvrier. Le paysan nous y apparaît d'emblée comme un être fier, installé dans sa permanence, semblable à un roi : L'agulhade en man évoque un sceptre. Une métaphore du même poème explicite cette vision : Rey dou cam e dou prat, que-n ba dab l'agulhade. Cette image du paysan en majesté se concrétise dans le portrait physique que Daugé esquisse de lui, où la métaphore du casse suggère, nous l'avons dit, les idées de force, de résistance et de durée : 

Aquilhat coum un casse e hort coum lou metau (...)
Coum au casse tilhut l'esqui que se l'endrésse
E la bouts e la lén que porten hourtalésse.


D'autres notations soulignent cet aspect d'un corps construit par et pour le travail de la terre et trempé par les éléments naturels : 
Pey-nu, cante s'ous pots e bras hore camise
Que trabalhe parelh que héssi caut ou bise.


Notons au passage cette allusion à cette joie de vivre de Daugé ne manquera pas de souligner encore en relation avec le travail. Notons encore : 

Magre meyléu que gras, lou crofe plan bastit 
Qu' apare lous arrous ta plan coum sourelhade.
S'a machére mourete e lou bras prou pelut,
Qu'a lou nérbi goalhart, lou pé hort e goarrut.


Daugé n'en dira pas plus pour peindre au physique celui qu'il appelle lou balén bouè, son intention étant de nous le montrer au plus vite occupé par son travail : 

Coan a la bile, aciu, lou balén drom encoè,
L'arrous que cayt beroy sus las flous e s'ou boè.


Liée à cette robustesse et à cette résistance, Daugé souligne la frugalité du paysan : 
Que minge coan s'escayt e s'ou pugn, per dehore..

Cette frugalité est aussi celle des tranquiles pastous que nous présente " Mountagnes puntagudes " (F. L., p.6) :

Dus talhs de crouste à la garbure
Qui sur dus tarquès s'esdebure, 
Cauque cap d'alh, ou drin de leyt, 
Dus gnacs de pan, e qu'an lou disna heyt
.

Et à midi nous assisterons au repas du bouvier, apporté par la joene dame et qu'il prend debat lou casse oun l'oumpre hè lou plap : un salerat de soupe encoère caute, un boun bourrat de bigne haute, caroade et pan dou frés, dus ou tres caussets, et pour finir de bin lou salè pleng. Cette alimentation est la condition de la force au travail : Que-t tournera tantos lou pé hort à l'esclop, lui dit la jeune dame.

A côté de l'allure physique du paysan, la connaissance, la science qu'il a de la nature et de son travail est mise en valeur, dans le poème " Peysan ", par l'affirmation de son état de sabén et une succession de vers rythmés par l'anaphore de Que sab : 

Sabén que-n é. Que sab coan bo ha bet ou plabe,
Coan se gete lou blat,coan ses plante l'arrabe,
Coan se poude la bit, coan se cope lou heng,
Coan la lue e-s hè nabe e coan passe p'ou pleng.
Que sab coan lou mesplè s'ou pé de broc s'empéute ( ...)
Que sab ha base pan (...)
Que sab quine é la baque
Qui balhera betet e leyt de boune traque.
Que sab cura l'estable e ha palhat per tems,
Lou hems qu'at hè tout base e tout se-n tourne hems.
Aco que sab e coan d'autes causes encoère (...).

  

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