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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
J'aime le "parla gascoun"  
Joëlle Llapasset   | Copyright 

Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

Un savoir général du paysan gascon 

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Le paysan possède un savoir général
 
-On remarquera que, à côté d'une foule de connaissances précises concernant son activité, le paysan possède aussi un savoir général, à caractère philosophique sur le mouvement général de la vie dans la nature, caractérisé par le cycle de la putréfaction, lou hems, et de la naissance, qu'at hé tout base. Ce savoir n'est pas un savoir appris dans les livres, c'est un savoir acquis par l'expérience, mais il n'en est pas moins aussi précis et indiscutable qu'un savoir qui serait plus scientifique. Cette sûreté de la connaissance de la nature possédée sans conteste par le paysan, Daugé l'exprime par la métaphore filée de l'école, de la lecture et de l'écriture :

A l'escole dou sou qu'és anat : que sab lege
Non pas lou journalot de tout jour oun tourteje
La poulitique (...)
Que lech au crum, au ben, à la brume, e qu'escriut
Qu'escriut dret e pregoun à la terre oun hè base
Roumen, segle, milhoc, habe, pasteng, sibase.
Ent'escribe, sibans que hessi caut ou ret,
Qu'a la dalhe ou la pique, ou la hourque ou l'aret.


Remarquons au passage la dérision du monde moderne désigné à travers le journalot et la poulitique. L'assimilation de la culture de la terre à l'acte d'écrire fait rejaillir sur les gestes du paysan, gestes conscients et accomplis avec science, tout le prestige de l'écriture. La métaphore de l'escole dou sou suggère l'idée de la vérité du savoir appris directement au contact des choses par le paysan, alors que l'école des hommes, elle, peut donner un savoir trompeur.

Ce savoir sur la vie de la nature est indissociable d'un savoir sur l'économie. La vie, qui ne s'entretient que de dépenses, suppose une accumulation permanente de biens. Le paysan le sait si bien, lui dont toute l'activité est de produire de quoi vivre, qu'il l'exprime par cet aphorisme radical : Qui ne trabalhe pas, barrége (" Lou lheba dou labouredou ", F.L., p. 29). Pour lui, l'aisance, l'abondance sont au bout de son travail, ce qu'il exprime ainsi : Que sab (...) que bau mey presta que non pas de ha déute. Et pour atteindre cette aisance, ou à tout le moins la possibilité de satisfaire à ses besoins, il est nécessaire d'être prévoyant. Daugé illustre ce thème à l'occasion de deux fables et, chaque fois, il éclaire un aspect différent de la question.

Dans le recueil A Perucades, " Lou tros de ligue " présente un récit en octosyllabes mettant en présence Jeantot, un bourdalè, c'est à dire un métayer, et son maître, qui vont chercher un sac de grain. Chemin faisant, ils marchent sur un reste de cameligue - jarretière - que le maître demande en vain à Jeantot de ramasser. Celui-ci ne veut même pas se baisser pour ramasser ce qui, selon lui , ne vaut pas un escoupit. Le maître le ramasse alors et, un peu plus tard, c'est Jeantot qui est tout honteux de devoir demander la liguéte car il n'a rien pour lier le sac. Le maître qui, sans doute, a pensé à la leçon qu'il pourrait donner à son métayer, la lui donne à la condition que celui-ci laisse un œuf à une clouque. De l'œuf naîtront non seulement couvées, mais porcs et braus qui deviendront bœufs, pour qu'à la fin Jeantot ait amassé assez d'argent pour que le maître lui propose de lui vendre la borde sur laquelle il travaille.
Le maître tire pour lui la leçon :


D'un oéu qu'as tirat ue borde. 
En arré nou cau escoupi, 
Pas méme en u tros de liguéte.


Remarquons que la trouvaille du menu objet ne suffit pas à produire la richesse, car cette trouvaille s'accompagne de tout un travail. Mais c'est une illustration du " aide-toi, le ciel t'aidera " et un peu l'antithèse de " La laitière et le pot au lait ".
Si la prévoyance du maître est négative, fondée sur l'idée de " on ne sait jamais ", une autre fable illustre cette idée de prévoyance en montrant que c'est tout le travail et même toute la vie du paysan qui se trouve bâtie sur elle, dans la mesure où le travail de la terre est un travail réfléchi, fondé sur une connaissance de la nature. 

Et nous y retrouvons l'idée du paysan qui est savant. Situé dans Fables Gascounes, cet apologue met face à face " Lou meste e lou chibau ", celui-ci donnant la réplique à son maître. Le cheval à la fin de l'hiver se laisse tenter par l'herbe tendre d'un pré fumé et saute par dessus la clôture. Le maître, averti, réprimande vivement l'animal dont le seul argument est que l'herbe est tendre. Le maître réplique par une leçon de prévoyance qui montre que toute connaissance en agriculture se ramène à prévoir l'avenir dans la mesure où elle est une action permettant la croissance des cultures. De plus, le travail du paysan, travail intelligent, consiste à devancer le besoin, c'est à dire à être un homme avisé : 


- Tégnère ? E s'at cau tout minja sus pè belhèu ?
As pensat à l'iber ? Penses à la hégnère
Qui pe dira que nou dab lou ret e la néu ? (...)
B'ats doun besouy d'un meste
Qui sab nou pas minja-s lou blat sus pè ( ...)
N'é pas coan hè besouy qui cau bouta-s en queste.
Lou besouy qu'és un machan gus
E l'omi plan abisat que-n bau dus.


Daugé insiste par ailleurs sur l'esprit du paysan par nature tourné vers la vérité, foncièrement honnête moralement et intellectuellement. Dans un long poème en alexandrins intitulé " La bertat " Daugé définit la relation privilégiée du paysan avec la vérité. Mais il ne s'agit pas d'une vision abstraite de la vérité qui partirait d'un principe pour se diriger ensuite vers les choses concrètes. Le paysan n'est pas un esprit rationaliste porter aux spéculations, mais un homme en relation permanente avec la vie réelle. Aussi, dans la construction de son poème, dont la portée philosophique est indéniable, Daugé part-il toujours de notations venues de l'expérience et de l'observation pour atteindre à la vérité générale. Il évoque l'élément de clarté constitutif de quatre réalités importantes, voire essentielles de la vie, qu'elles appartiennent à la nature ou soient produites par le paysan: L'aygue, la luts, lou roumen, lou bin.

  

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