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° Rubrique Occitan Gascon Catalan > Le paysan de gascogne

 
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Le paysan de Gascogne dans la poésie de Césaire Daugé.
Une approche du pays gascon 

La connivence du paysan et de la nature  - LE PAYSAN DE GASCOGNE

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La connivence du paysan et de la nature qui l'entoure.
 
-Il présente ensuite cette clarté comme constitutive de l'esprit du paysan, comme si celui-ci se trouvait contaminé par la nature de ce qui l'entoure, comme s'il participait lui-même, par un processus ontologique, à cette même nature régnant sur le monde. Ainsi s'explique la connivence du paysan et de la vérité :
L'aygue, heyte de nèu qui de capsus debare, 
Que grameje à l'arriu ou chiscle à la houn clare .
Clare tabé la luts qui s'esbarje dou cèu
Pourtan bite e santat dinc'au houns dou tinèu.
Lusen e cla tabé lou roumen qui, de l'eyre
Ba ha blanque harie en passa per la peyre.
Cla lou bin qui se-n ba dou troulh ent'au tounet
Neteja-s dous ahets e picha p'ou brouquet.
P'estounits pas, labets lou peysan de Gascougne
Qu'aji de la mensounje u ta grane bergougne ;
Lou soun esprit, tems a, qu'é heyt de claretat .
Que-n ba de dret : arré n'ou ba coum la bertat.

(La bertat, H. e. F., p. 65)

Toutefois, cette vérité qui est lumière - claretat -, n'a rien à voir avec une idée abstraite ou une quelconque transparence établie une bonne fois pour toutes. La vérité est une vérité pratique, dépendant des circonstances de la vie et qui doit trouver son chemin, dans chaque situation, afin d'être reconnue par les intéressés. Le lieu par excellence où la vérité doit se manifester d'une manière incontestable, c'est bien sûr le marché, lieu des affaires, où le paysan apporte le produit de son travail afin d'assurer sa subsistance et se procurer les moyens de poursuivre son activité. Dans ce cadre, la vérité ne se révèle pas toute constituée, mais elle doit être trouvée, concrétisée et le moyen d'y aboutir est la discussion, la parole. La vérité n'a pas de valeur par elle-même, elle n'a de sens et d'intérêt qu'à réaliser un accord entre les protagonistes d'un marché : en cela, la vérité a une signification et un rôle social. Elle rend possible le bon fonctionnement de la société à travers les échanges. Aussi il est nécessaire que chacun y trouve son compte. Daugé fait comprendre cela en développant la métaphore filée du pied qui cherche le sabot où il sera bien chaussé : 

La bertat, coum la luts dou cèu franque e clarouse 
Arrajo de l'esprit e qui hè l'amne urouse, 
Ne la dit pas belhèu toustem au prumé clop.
Mes disem-mé : quan cau muni-s de cauque escop,
Lou pè dus ou tres cops que-u serque la payère ;
Qu'espi la trousse s'és e prou horte e prou bère,
E prumè de croumpa - tant pis lou trop pressat -
Qu'assajen se lou pè sera beroy caussat. 


Le besoin de la vérité ressortit à un instinct naturel, avec toujours en arrière-fond une certaine défiance, car l'homme peut être parfois trompeur et mensonger :

Atau, l'un cop ou l'aut, lhèu la lenque a la bouque 
Qu'apère, coum lous piocs s'ous apère la clouque 
Qu'apère las idès, qu'apère las résouns, 
Qu'espie aus oelhs - qui sab aco se soun fripouns ? -
E coan en pleyteja, la bertat e-s desteque, 
Que se-n ba bébe un cop pramou qu'a bouque seque
Aus ahas, au marcat, que s'y hèn coum aco 
Pramoun ahas que-s hèn en parla.


Cet attachement à la vérité et cette capacité de la débusquer où elle se trouve vient au paysan de Gascogne de sa connaissance exacte de la nature des choses qui composent son univers et de la conscience de la valeur de son travail qui est un travail bien fait.
Il vient donc avant tout du caractère authentique de l'univers où s'exerce son activité, qui interdit toute tricherie (à l'opposé du monde frelaté de la ville : Coan se-n y minje é béu, per Paris, dou drougat / Doun per nouste, segu, bouleré pas lou gat ! ). Cette idée, Daugé l'exprime par quelques images percutantes :


Ne cau pas aus ahas prene habe per cese.
So de benut, hasan ou guit, milhoc ou poule 
Que bau, pramou que bau mey chauma que mau moule.

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