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La
connivence du paysan et de la nature qui l'entoure.
-Il présente ensuite cette
clarté comme constitutive de l'esprit du paysan,
comme si celui-ci se trouvait contaminé par la nature
de ce qui l'entoure, comme s'il participait lui-même,
par un processus ontologique, à cette même nature régnant
sur le monde. Ainsi s'explique la connivence du paysan
et de la vérité :
L'aygue, heyte de nèu qui
de capsus debare,
Que grameje à l'arriu ou chiscle à la houn clare .
Clare tabé la luts qui s'esbarje dou cèu
Pourtan bite e santat dinc'au houns dou tinèu.
Lusen e cla tabé lou roumen qui, de l'eyre
Ba ha blanque harie en passa per la peyre.
Cla lou bin qui se-n ba dou troulh ent'au tounet
Neteja-s dous ahets e picha p'ou brouquet.
P'estounits pas, labets lou peysan de Gascougne
Qu'aji de la mensounje u ta grane bergougne ;
Lou soun esprit, tems a, qu'é heyt de claretat .
Que-n ba de dret : arré n'ou ba coum la bertat.
(La bertat, H. e. F., p. 65)
Toutefois, cette vérité qui est lumière - claretat
-, n'a rien à voir avec une idée abstraite ou une
quelconque transparence établie une bonne fois pour
toutes. La vérité est une vérité pratique, dépendant
des circonstances de la vie et qui doit trouver son
chemin, dans chaque situation, afin d'être reconnue
par les intéressés. Le lieu par excellence où la vérité
doit se manifester d'une manière incontestable, c'est
bien sûr le marché, lieu des affaires, où le paysan
apporte le produit de son travail afin d'assurer sa
subsistance et se procurer les moyens de poursuivre
son activité. Dans ce cadre, la vérité ne se révèle
pas toute constituée, mais elle doit être trouvée,
concrétisée et le moyen d'y aboutir est la
discussion, la parole. La vérité n'a pas de valeur
par elle-même, elle n'a de sens et d'intérêt qu'à
réaliser un accord entre les protagonistes d'un marché
: en cela, la vérité a une signification et un rôle
social. Elle rend possible le bon fonctionnement de la
société à travers les échanges. Aussi il est nécessaire
que chacun y trouve son compte. Daugé fait comprendre
cela en développant la métaphore filée du pied qui
cherche le sabot où il sera bien chaussé :
La bertat, coum la luts dou
cèu franque e clarouse
Arrajo de l'esprit e qui hè l'amne urouse,
Ne la dit pas belhèu toustem au prumé clop.
Mes disem-mé : quan cau muni-s de cauque escop,
Lou pè dus ou tres cops que-u serque la payère ;
Qu'espi la trousse s'és e prou horte e prou bère,
E prumè de croumpa - tant pis lou trop pressat -
Qu'assajen se lou pè sera beroy caussat.
Le besoin de la vérité ressortit à un instinct
naturel, avec toujours en arrière-fond une certaine défiance,
car l'homme peut être parfois trompeur et mensonger :
Atau, l'un cop ou l'aut, lhèu
la lenque a la bouque
Qu'apère, coum lous piocs s'ous apère la clouque
Qu'apère las idès, qu'apère las résouns,
Qu'espie aus oelhs - qui sab aco se soun fripouns ? -
E coan en pleyteja, la bertat e-s desteque,
Que se-n ba bébe un cop pramou qu'a bouque seque
Aus ahas, au marcat, que s'y hèn coum aco
Pramoun ahas que-s hèn en parla.
Cet attachement à la vérité et cette capacité de
la débusquer où elle se trouve vient au paysan de
Gascogne de sa connaissance exacte de la nature des
choses qui composent son univers et de la conscience
de la valeur de son travail qui est un travail bien
fait.
Il vient donc avant tout du caractère authentique de
l'univers où s'exerce son activité, qui interdit
toute tricherie (à l'opposé du monde frelaté de la
ville : Coan se-n y minje é béu, per Paris, dou
drougat / Doun per nouste, segu, bouleré pas lou gat
! ). Cette idée, Daugé l'exprime par quelques images
percutantes :
Ne cau pas aus ahas prene
habe per cese.
So de benut, hasan ou guit, milhoc ou poule
Que bau, pramou que bau mey chauma que mau moule.
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