|
LE
PAYSAN ET LE TRAVAIL: une relation particulière
-Le travail du paysan occupe
toute la journée, de l'aube à la nuit. Daugé, qui décrit
les activités du paysan tout au long de l'année ,
insiste particulièrement sur le labour qui joue le rôle
d'une activité à valeur emblématique. Il évoque la
relation privilégiée du paysan, particularisé dans
la figure du boè , et de son compagnon indispensable
de travail : le boèu. Il décrit minutieusement les
divers gestes que fait le bouvier pour rendre la terre
productive, les tâches à accomplir, il nomme les
outils utilisés. Il définit , dans diverses fables
les qualités requises du paysan pour les effectuer.
Enfin, il énonce à plusieurs reprises la finalité
de ce travail, la subsistance des siens, et son utilité
pour la société tout entière à qui il donne la
nourriture.
Un poème déjà cité, " Peysan " ( H. e
F., p. 50 ), décrit avec précision la journée de
travail du boè . Il commence par énoncer : Lounque
debat lou sou que sera la journade, ce qui pose le
cadre temporel du travail du bouvier et suggère
l'effort qui sera fourni et la fatigue ressentie. Il
énumère ensuite l'ensemble des tâches qu'il faudra
réaliser pour rendre possible la récolte :
Que cau bira la terre e tourna ha l'ayguè,
Bareyta, trubessa, bouta la terre esglohe
Enta que lou roumen ou hèssi bère cohe .
Pour réaliser son oeuvre, le bouvier est matinal.
Daugé a consacré un long poème à l'évocation du
commencement de la journée de travail : " Lou
lheba dou labouredou " ( F. L., p. 24). La 1ère
partie évoque le réveil de la nature et des animaux.
Le poète interpelle alors le laboureur :
Anem, brabe labouredou,
L'arét à la caus que-t apère.
Oey la journade sera bère ;
Que cayra houéc debat lou sou.
La 2ème partie est constituée de la longue prière
que ce dernier, avant toutes choses, adresse à Dieu.
La 3ème partie décrit le départ aux champs la prière
terminée. Le rythme des octosyllabes souligne la
vivacité des actions du bouvier, qui n'é pas
droumilhous :
Arroun la prière acabade,
Que-s prén lou julh e l'agulhade
E que se-n ba drét au coustè.
Les boeufs mis sous le joug, il va dans l'air frais du
matin et le chant des cardinouns, et Daugé souligne
la joie au coeur du laboureur :
Coum éts, lou beroy bouè tchirriule
E que cante lou tra la la,
E, s'entén lou merle siula,
Tabé coum ét lou bouè que siule.
"Peysan" décrit la même scène en
alexandrins ce qui lui donne une certaine majesté, et
nous avons ainsi un tableau à la Rosa Bonheur :
Tabé, prumè lou sou n'a tirat la clabete
Qui de l'estrem dou cèu largue la blanque aubete ,
Lou boè, qui pêch lou boèu, de droumi qu'a dechat
E qu'a carcat l'aret s'ou bros à l'ech grechat.
Que-n ba, tant qui la neyt, esquichant lou soun mante,
Dèche lou sou lheba-s (...)
|