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La
promesse de la sieste pour le paysan gascon
-Toutefois, pour tempérer
l'image que le lecteur pourrait se faire d'un
personnage trop héroïque, Daugé, à l'appel au
travail, a fait suivre la promesse de la sieste (
" Lou lheba dou labouredou ", F. L., p. 25)
:
Més n'ajis pas pou, lou bielh casse
Que l'as, Diu mercé, prou hoelhut.
A las oumprères estenut,
Que droumiras sus l'erbe grasse.
Daugé possède une parfaite connaissance de ce qu'il
décrit et la succession de tableaux et de scènes qui
épousent la progression de la journée de labour dans
son cadre naturel où sont convoqués la terre, le
soleil, la lumière et l'ombre, les oiseaux, les
insectes, le chêne, pour mettre en valeur le travail
du boè et du boèu, témoignent d'un don
d'observation précise et montrent un art de la
description du geste, du récit, de l'évocation
exceptionnels. Il faudrait citer la totalité du
passage. Nous apprenons la pratique de la jachère,
puisque le champ labouré est un estoura ou bousiga :
D'oun trèfle e pèu de porc hasèn lou bousiga,
Roumen ente gn'aut an que ba calé sega.
Daugé décrit ainsi le mouvement de la charrue
retournant la terre et nous fait sentir le glissement
continu du soc et de la terre qui bascule :
La terre qu'é coum cau, ne trempade ne seque.
Debat l'aret puntut que hén e s'esperreque
E qu'aprigue prou plan l'erbe debat lou souc
Qui, moulhat en bira-s, sera sec a soucouc.
Nous avons aussi des notations vivantes des divers
gestes que le bouvier accomplit selon les nécessités
du moment :
Aus mougnocs dab l'esclop que balhe la catchade,
E coan, près de la cablassère, ue arredits
S'enteste trop, lou boè que s'escoupech aus dits,
E, se cauque calhau per debat s'arregagne,
Que hè péta s'ous pots cauque Pater d'Espagne
Tan qui la man hissan un bet cop d'agulhon,
Hè sacna lou marcu dou boèu trop counilhoun
Daugé suggère le passage du temps par cette
proposition à valeur d'ellipse temporelle :
A petits tchics, lou sou poujan s'ou cap que bare.
L'arrivée de midi est signifiée par l'évocation de
L'Anjelus de mijour, montrant par là l'étroite
relation entre le temps profane du travail du paysan
et le temps de la religion chrétienne de qui ce temps
reçoit, en dernier lieu, son sens.
Un long passage raconte la suite des gestes du bouvier
entre la fin du travail du matin et le début de celui
de l'après-midi:
debat lou casse que destale, sus l'erbe, au barat,
que s'assiète e s'échugue, qu'atén debat lou casse.
Une scène dialoguée met en présence la joene dame,
venue apporter le repas et le boè qui s'informent
l'un l'autre du travail de la matinée. Nous avons
ensuite l'évocation de la sieste, mais le bouvier ne
s'endort pas : étendu à l'ombre du chêne, il
regarde autour de lui : sauta lou grit, boula
l'agasse, et pense à ses enfants, encore petits :
maynadjots. Ce sont eux son premier souci, c'est pour
eux qu'il travaille avec courage :
Pramou d'éts ne cragn pas ne lou sou, ne la
trempe.(...)
Ent'ous balha frico, bin dou blan, pan dou coeyt
Se n'a pas prou dou jour que pane sus la neyt.
La description de la reprise du travail est
saisissante. Le cadre est planté en un vers :
Mes que-s beyt sou tantos case la calou pègue.
L'adresse du bouvier qui fait lever les bœufs - désignés
au singulier par le mot boèu bien qu'il s'agisse d'un
attelage de deux bœufs - est suggérée par le rythme
4/2/4/2 de l'alexandrin :
Q'ou hè lheba cop sec en lou gaha p'ous cors .
Le long travail de l'après-midi, poursuivi jusqu'à
la tombée de la nuit, marquée par la chute de la rosée,
est suggéré de manière elliptique :
E lou boè hè lou souc pregoun, dinc'à l'arrous
Dou gran boéu ta balen qu'a trempat lou péu rous.
Remarquons le rythme régulier 3/3/3/3 de ce dernier
alexandrin , évoquant le balancement de l'animal.
Quand le bouvier quitte le champ, alors que la lune
s'est levée, c'est comme à regret, comme le montre
le commentaire : trop braque la journade. La fin du poème
se compose d'une multitude de notations décrivant les
retrouvailles du bouvier et de sa famille ainsi que
les derniers gestes concernant les soins donnés aux
animaux avant la nuit. La dernière observation du
bouvier consiste à regarder le ciel et, par ce moyen,
prévoir le temps du lendemain et savoir dans quelles
conditions il poursuivra son travail :
Espi lou cèu s'é cla, s'é crumous, agnerin,
E sab se j'aura bet ou plouje lou matin.
Car il s'endort avec la pensée du travail à venir :
(...) douman que hara mey d'arrègue.
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