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Bonjour
monsieur Courbet !
Qui
parle? Ce n'est pas le cocher stupéfait, ce n'est pas le mécène
rêveur, ce n'est pas Courbet représenté.
Reste donc à croire que c'est le peintre qui, devant la
toile réalisée, se salue, se reconnaît comme le sujet
principal et unique du tableau. Et, il faut bien reconnaître
que Courbet est partout dans cette allégorie.
Apprécions
la mise en scène: un plateau, une scène, un chemin, la
lumière sur le front du mécène comme si elle jaillissait
de la contemplation de l'artiste. Une nature sèche qui
n'enlève rien à la gloire de l'artiste mais la fait mieux
apparaître. Une seule ombre portée, celle de Courbet comme
pour le grandir un peu plus dans ce milieu où tout
personnage est restreint, réduit à lui même:
Le cocher et le mécène dans l'ombre d'un arbre, la nature,
la masse de la carriole par l'éloignement.
Ce que le tableau donne à voir n'est-ce pas Courbet et rien
que lui? Le regard que le peintre porte sur lui même,
sur ce nomade qui peut emporter tout ce dont il a besoin
parce qu' il suffit à tout le reste d'une création. Le Génie
n'a-t-il pas sa supériorité et sa raison d'être en soi,
tel un absolu qu'aucun obstacle matériel ne peut arrêter
et fixer. Ce qui importe à Courbet, qui va recevoir sa
subsistance d'un mécène, c'est que ça n'apparaisse pas
dans le tableau. Ainsi le pied droit de l'artiste est déjà
orienté vers le chemin comme si ce qui comptait le plus c'était
sa promenade. Autre manière de se représenter comme désintéressé.
Nul
doute que les deux personnages qui lui font face ne reflètent
la manière propre au peintre de les apercevoir. Il y a le
plus grand par la nature, mais pourtant le plus humble, le
plus humilié, le valet stupéfait qu'il est par l'image du
peintre. Il appartient à ce peuple, à ce prosaïsme dont
Courbet était friand. Le mécène, plus petit, semble étrangement
perdu dans un rêve: que peut-il attendre de Courbet sinon
cette représentation qui le rendra immortel?
L'attitude
du peintre sur la toile fait éclater la supériorité du génie
et l'amateur croit saisir un sens et une morale: ce qui
compte ce n'est pas d'avoir mais d'être.
Joseph
Llapasset
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Portrait
de Baudelaire de Gustave Courbet 1848 |