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Musée
Fabre de Montpellier
Le
Musée Fabre de Montpellier
Gustave
COURBET
"Portrait
de Baudelaire". (1848)
Au Musée Fabre de Montpellier
(39, Bd
Bonne Nouvelle)
Site
Philagora, tous
droits réservés
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Parce
qu'elle ne demande rien, au contraire de la camaraderie, l'amitié
obtient tout en accédant directement à la spiritualité d'une âme
et ici à sa conscience esthétique.

C'est
bien une image, la forme sensible d'un "objet" que nous
donne ce tableau: nous voyons Baudelaire, jeune homme de 26 ans,
nous l'atteignons par notre vue, par notre sensibilité.
Mais, à la différence d'une simple représentation sensible sur
laquelle nous glissons, que nous quittons pour une autre, ici notre
regard s'arrête sur l'image de Baudelaire et la contemple. Cette
image relève de l'art, loin de se réduire à une pauvre
information, elle se met à rayonner, à susciter
notre imagination:
c'est comme si les formes et les couleurs, la précision des lignes,
prenaient pour ainsi dire l'initiative.
Courbet
exerce ainsi, devant nous le pouvoir de résurrection propre à
l'art, qui non seulement fait vivre l'image, mais encore fait du
sensible un miroir qui reflète l'intériorité de Baudelaire. Ainsi
Gustave Courbet semble ressusciter un paradis perdu où toute
profondeur serait accessible, où l'image permettrait d'accéder
directement à l'intelligible comme le signifiant permet d'accéder
au signifié.
Dès
lors, l'image formée techniquement et la spiritualité ne font
qu'un. Si cela est vrai, nous allons donc accéder, dans une fête
de la chair et de l'esprit à ce jeune homme, par une image
sensible. Nous y sommes déjà, dans son intériorité, par le
miracle de cette toile qui se nourrit d'une rencontre inouïe entre
la forme et la signification.
Voici
"le poète maudit", au travail, tendu, prêtant une attention extrême
à l'entreprise poétique que son engagement l'appelle à conduire:
il s'agit, en naviguant sur une cruelle dualité, entre l'obscurité
du gouffre, le Spleen, et la lumière de l'azur, l'idéal qui
illumine son front un instant, d'obéir à ce qu'il sent être sa
vocation. Utiliser les virtualités du langage pour, par les images,
les formes, les couleurs et les odeurs, faire apparaître la
profondeur du visible.
Courbet
sait bien ce que Baudelaire, qui a commencé à écrire trois ans
plus tôt, poursuit. Il nous le représente tel qu'en lui même
grâce à cette image formée techniquement qui nous introduit
directement dans la chair et dans l'esprit du poète.
Le
peintre et le poète se rejoignent donc ici dans le même projet,
cet amour désintéressé et absolu de l'art selon l'émotion et
l'ordonnancement bien unis. Nous éprouvons la satisfaction de
rêver librement dans des fêtes du cerveau, ces noces du sensible
et de l'intelligible qui, à notre grande satisfaction, ne se
déchirent plus. C'est un paradis perdu qui est ressuscité!
Les
relations entre Baudelaire et Courbet, par la suite, ont été
tumultueuses. Lorsque Baudelaire accuse Courbet d'être "un
massacreur de facultés", il lui reproche de peindre des
petits bourgeois à l'intériorité étroite. Courbet aurait pu
répondre qu'il n'avait rencontré qu'un Baudelaire et que,
pour le reste, il voyait mal des raisons de faire se refléter autre
chose qu'un certain prosaïsme.
Pour
chanter les transports de l'esprit et des sens, encore
faut-il qu'il y ait de l'esprit.
Joseph
Llapasset
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Cliché
©
Tous droits réservés, publiés avec l'aimable autorisation de monsieur Sylvain Amic
conservateur
art moderne et contemporain au
Musée Fabre de Montpellier
Agglomération.
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> Vers La
rencontre, ou "Bonjour monsieur Courbet" par Gustave
Courbet 1854
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fleurs du mal, un nouveau rapport de foi au langage
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Réalisation
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