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Par Sylvain Amic,
conservateur au musée Fabre.
Le
musée Fabre s’est particulièrement mobilisé à cette occasion
et crée l’événement en organisant un
échange d’œuvres avec la Galleria d’Arte Moderne di Genova.
Neuf toiles issues de cette collection et datées entre
1870 et 1920 viendront prendre place dans les collections
permanentes du musée Fabre, entre
le 1er avril et le 30 juin 2001.
Placés au
troisième étage, en regard des œuvres de Bazille,
ces tableaux illustrent le développement de la peinture de plein
air à l’époque impressionniste.
Les
œuvres de Luxoro, Rayper, d’Andrade, Merello, Discovolo, Olivari
donnent à voir dans de larges panoramas une Riviera colorée,
parfois nostalgique, mais qui s’éveille à la modernité. Ces
peintres méconnus du public prennent place dans le sillage du réalisme
(Rayper) du védutisme
romantique (Luxoro), du divisionnisme
(Morello, Discovolo..).
Cet échange crée un écho à l’exposition ayant pour thème «L’art
italien à l’épreuve de la modernité 1870-1920 » qui
se tiendra au musée d’Orsay du 10 avril au 16 juillet 2001.
Si
la peinture de plein air a souvent été associée à
l’impressionnisme, un grand nombre d’études a depuis rappelé
fort à propos l’ancienneté de cette tradition, qui naquit
probablement en Italie à l’époque néo-classique avec les
esquisses peintes de Thomas Jones, de Valenciennes, et bien entendu
de Corot. L’ironie du sort veut que la transposition de cette
pratique sur le sol français par Corot ait donné naissance à une
puissante école du paysage à proximité de Paris (Fontainebleau,
Barbizon), alors que sur les bords de la Méditerranée on cultivait
le pittoresque des situations et les ambiances nostalgiques du Grand
Tour. Le paradoxe est particulièrement frappant en ce qui concerne
Gênes : alors que la branche française des comtes Doria se
distinguait par son goût sûr et novateur, qu’il s’agisse d’Armand
Doria (1824-1896) qui posséda 95 peintures de Corot et fut l’un
des premiers à s’intéresser à Cézanne ou de son fils François
Doria (1853-
1935) qui collectionna de Vlaminck, Derain et les fauves, on serait
bien en peine de discerner dans l’activité des familles
patriciennes gênoises un soutien aussi précoce aux nouvelles
pratiques du paysage.
Une
insuffisante circulation culturelle, mais aussi une situation
historique et une politique d’isolement expliquent l’aspect peu
audacieux de la peinture gênoise dans la première moitié du XIXe
siècle. Les conséquences économiques de l’annexion de la République
de Gênes au Royaume de Sardaigne en 1815 provoquèrent en effet un
mécontentement généralisé des populations locales qui se
manifesta par une adhésion de la bourgeoisie la plus avancée aux
idées républicaines, mais aussi par un culte jaloux des traditions
qui, de 1830 à 1850, s’appliqua aussi bien aux formes artistiques
qu’à leur contenu.
Aussi,
l’apparition dans ce contexte peu favorable du paysage vériste
apparaît-elle fondamentale et semble signaler l’irruption de la
modernité sur la Riviera. Au centre d’une polémique
opposant dans les années 1850-1860 les tenants de la tradition aux
plus jeunes générations, le vérisme permit non seulement de dépasser
la culture académique, mais aussi de trouver une issue à l’expérience
romantique grâce à une représentation de la réalité
quotidienne, qu’il s’agisse de situations sociales ou des progrès
de l’industrie. Cette tendance novatrice triompha en 1870 avec la
création à l’Accademia Ligustica - école des Beaux-Arts de Gênes
- d’une classe dédiée au paysage dal
vero (d’après nature), dirigée par Tammar Luxoro. Le sol
italien semblait enfin renouer avec cette école du vrai qu’elle
avait contribué à faire naître, et se délivrer d’une
mythologique de l’âge d’or qui lui semblait jusque là indéfectiblement
liée.
L’impressionnisme et qui exposent à Gênes en 1856 -,
Luxoro fonde un groupe connu comme « l’école de Rivara »,
qui rassemble l’été des artistes dans les campagnes de Carcare
et de Rivara pour des séances de peinture de plein air. Son activité
permit une évolution de la peinture en Piémont et Ligurie vers une
touche plus large, qui favorise l’isolement des couleurs dans des
teintes pures.
Une
deuxième génération d’artistes, à laquelle appartiennent
Rubaldo Merello, Antonio Discovolo et Eugenio Olivari, devait
accomplir cette mutation dans les premières années du XXe siècle
en pratiquant le fractionnement de la touche propre au
divisionnisme. Un fois dégagés de cette influence, ils suivirent
des voies divergentes, marquées par l’augmentation de
l’intensité lumineuse et du chromatisme, qui permit
l’aboutissement de formules extrêmement personnelles et
originales.
Sylvain Amic (Conservateur du Musée
Fabre)
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monsieur Michel Hilaire conservateur en chef du Patrimoine,
directeur du Musée Fabre et de monsieur Sylvain Amic conservateur
adjoint- Musée Fabre de Montpellier.